Minimisez vos pertes de fourrages!

Un agronome fait ses recommandations

Récolter des fourrages de qualité, c'est bien, mais il faut aussi minimiser les pertes.

L’an dernier, on a parlé abondamment de pénuries de fourrages et de prix élevés, mais il ne faudrait pas oublier un aspect important : s’assurer préserver la qualité de ce qu’on a dans les champs.

Dans sa présentation intitulée « Récolte des fourrages : l’important, c’est ce qui reste! » lors du Rendez-vous laitier AQINAC le 24 mars dernier, l’agronome Jean-François Lemay, conseiller spécialisé en production laitière chez Sollio Agriculture, a présenté différents aspects à ne pas négliger pour minimiser ses pertes de fourrages.

Jean-François Lemay le rappelle, les fourrages, c’est « l’or vert ». Les fourrages représentent environ 50% des coûts d’alimentation des vaches laitières.

Maturité

De plus, 50% de la qualité des fourrages est liée à la maturité. Plus un fourrage contient de sucre, plus il est facile à ensiler. Ainsi, l’ensilabilité du maïs ensilage est plus grande que les graminées et que les légumineuses. Si l’on compare la luzerne avec les graminées et le maïs, il faudra un taux de matière sèche plus élevé pour la luzerne (au moins 40%), comparativement aux graminées et au maïs (minimum 25 ou 20%). Pour la luzerne, « le sucre va être limitant », dit Jean-François Lemay.

Il y a quatre phases de fermentation : aérobie, anaérobie, stabilité, reprise. La première pendant laquelle l’oxygène est brûlée dure moins d’une journée. La deuxième dure entre deux et trois jours. Après, l’ensilage est stable jusqu’à la reprise. La reprise représente 50% des pertes. Les pertes à l’entreposage représentent entre 10 et 15% chez les très bons producteurs. C’est la « taxe à l’ensilage ».

Pertes au champ

Certaines pratiques au champ vont influencer la qualité du fourrage et les pertes. Ainsi, faucher très court va augmenter la quantité d’impuretés (cendres), ce qui a un impact sur la qualité. De même, une récolte en andains larges va permettre au fourrage de sécher beaucoup plus rapidement. Des recherches ont aussi démontré que les vaches apportent un meilleur revenu avec des andains larges plutôt qu’étroits. « C’est 100$ de plus de revenu par tonne de fourrage. C’est un impact assez majeur », dit Jean-François Lemay.

Autre élément à considérer lors de la récolte, ce sont les feuilles qui sont perdues et cela a un impact rapide sur la baisse de la valeur du fourrage. De plus, l’humidité du foin aura un impact sur les pertes lors du râtelage. Pour ce qui est de la pluie, c’est moins grave lorsque ça survient immédiatement après la fauche que plus tard.

Plusieurs facteurs vont influencer les pertes liées aux passages des véhicules, mais Jean-François Lemay y va de cette recommandation : « Si vous avez besoin d'entrer dans une prairie, faites-le le plus vite possible après la fauche », dit-il.

Entreposage

Pour minimiser les pertes en silos, Jean-François Lemay recommande l’utilisation d’acide propionique dans la partie supérieure et d’inoculant dans le restant. Il recommande aussi d’utiliser les pellicules barrières d’oxygènes et des plastiques sur le dessus et les côtés des silos fosses.

La compaction est très importante, autant pour les balles rondes enrobées que pour les silos fosses. La densité a un impact direct sur les pertes. « Plus la densité est élevée, moins il y a d'air et moins il y aura de pertes », dit l’agronome. Le recouvrement est important pour tout type d’ensilage. Pour les balles rondes, il faut 6 couches de plastique.

Foin sec

Les balles rondes au sol sans recouvrement présentent des pertes de 37%. Dans la grange, on parle de 6%. Le recouvrement et l’éloignement du sol réduisent les pertes.

Reprise de l’ensilage

En été, il faut reprendre une plus grande quantité qu’en hiver pour « réduire l’effet poumonage ». Il faut aussi s’assurer que la surface est impeccable et que les toiles gardent leur intégrité. Il faut gérer l’eau, la neige et la glace. « L'air peut rentrer jusqu'à un mètre, donc les bactéries aérobiques peuvent être réactivées », dit Jean-François Lemay.

Dans l’étable

C’est normal d’avoir des refus à la mangeoire, mais ça doit être bien géré pour les minimiser. De plus, le bon fourrage doit être servi aux bons animaux.

Le Rendez-vous Laitier a connu sa meilleure année en 15 ans d’existence avec plus de 1000 personnes inscrites. L’événement de cette année est tenu de façon virtuelle et est gratuit. Une deuxième matinée aura lieu le 31 mars prochain. Elle aura lieu à 8h pour permettre au président des Producteurs de lait du Québec, Daniel Gobeil, de parler des actualités laitières dont le dossier de l’huile de palme en fin de matinée.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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