Plus de 200 jours au pâturage !

Avant 2002, Éric Lafontaine et Hélène Noël de la Ferme Lafontaine-Noël à Dupuy, en Abitibi-Ouest, commençaient à nourrir leurs vaches avec du fourrage récolté dès la fin septembre. « Nous avons fait un voyage en Outaouais pour vendre des taures, raconte Éric. Nous en avons profité pour visiter Stan Christensen (Ferme Sage, Lac-Sainte-Marie). C’était au début octobre. Il avait des piquets de clôture sur le dos et s’en allait mener des vaches taries au pâturage. Il disait qu’il n’allait pas les nourrir avant les Fêtes grâce à du foin non mangé durant la saison. Ça a ouvert les esprits. » Graduellement, ils ont allongé leur saison de paissance.

Depuis 2010, les animaux sont mis au pâturage aussi tôt qu’en avril si la portance du sol le permet, mais ils y sont amenés le plus souvent autour du début ou de la mi-mai. La saison se termine tard à l’automne, tant qu’il y a suffisamment d’herbe à manger et tant qu’il n’y a pas trop de neige qui empêcherait les animaux de brouter.

La saison des vêlages se déroule de la mi-avril à la mi-juin. Pour Hélène et Éric, le meilleur endroit pour vêler, c’est le pâturage. «Vêler en hiver, on n’aimait plus ça», explique Hélène. En 2010, soit la même année qu’ils ont commencé à faire du stockpilling au printemps, ils ont retardé leur saison de vêlage. Depuis ce temps, ils ont noté une légère diminution de la charge de travail et de la perte de veaux. Les vaches peuvent mieux s’isoler pour prendre soin de leur veau. Il y a ainsi moins de veaux qui tètent sur la mauvaise mère et qui se font par la suite rejeter par leur propre mère. De plus, la pression microbiologique est moins élevée. Les veaux sont par conséquent en meilleure santé.

Le pâturage utilisé au printemps est le même chaque année depuis 2010. C’est un pâturage à proximité de la ferme principale et des bâtiments. Il s’assèche rapidement et est bien pourvu en chemins d’accès. Le sol de ce pâturage supporte bien le piétinement de printemps. En début de saison, les vaches consomment le foin sec ayant poussé l’été précédent et laissé au champ. Au fil des jours, les jeunes pousses d’herbes fraîches commencent à pousser. Sur ce point, il y a un risque de surpaissance, mais c’est le compromis à faire pour obtenir les bienfaits du vêlage de printemps au pâturage. Dès que l’herbe des autres pâturages est suffisamment haute, les vaches sont transférées pour commencer la rotation des pâturages. Les vaches retournent dans ce pâturage en juillet, mais n’y retournent pas par la suite. Le foin de ce champ continue à pousser jusqu’à l’automne. Il ne sera pas récolté. Ce sont plutôt les vaches qui le brouteront le printemps suivant.

Au sevrage, en octobre, les veaux ont 150 jours d’âge. Les veaux pesant alors près de 500 livres sont déplacés vers les parcs de semi-finition alors que les vaches taries sont amenées dans les pâturages de réserve d’automne. Ces pâturages sont soit des champs de foin qui n’ont été récoltés qu’une seule fois, des pâturages qui n’ont pas été broutés une partie de l’été, ou encore des champs jamais utilisés de l’été. Les vaches restent dans ces pâturages de réserve tant qu’elles peuvent brouter. Ce sont souvent des champs plus éloignés et mal adaptés pour le pâturage d’été. Leurs besoins en eau sont comblés par la consommation de neige. Il faut toutefois être attentif à la météo, l’état du pâturage et l’état de chair des vaches.

Voici des photos fournies par les Lafontaine-Noël:

Un article complet sur le sujet est présenté dans le numéro de juin 2015 du Bulletin des agriculteurs.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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