Semex consolide ses opérations pour faire face à la compétition

Semex fermera à la fin aoûts ses installations situées à Sainte-Madeleine en Montérégie.

Face à une concurrence aux poches plus profondes, Semex a annoncé qu'elle consolidait ses activités afin de réduire ses coûts d'opération. Dans le cadre de ce plan d'affaires de cinq ans amorcé l'an dernier, les dirigeants de Semex ont décidé de fermer les installations de Sainte-Madeleine. Ces dernières hébergeaient et produisaient de la semence de taureaux. Ce sont 70 employés qui sont touchés par la décision qui prendra effet le 31 août prochain. La consolidation de Semex implique également le site de Guelph en Ontario. Les activités sont donc rapatriées sur un seul site au lieu de trois, afin de réduire les coûts. La décision a été faite avec l'appui des trois partenaires de Semex, le Ciaq, EastGen et WestGen.

Le Ciaq, qui détient 45% de Semex, s'est fait rassurant sur les impacts de la décision. « On a toujours nos employés sur place pour conserver et distribuer les semences. Rien ne change de ce côté-là », a indiqué Mario Hébert, directeur général du centre d'insémination situé à Saint-Hyacinthe. Le Ciaq lui-même n'est pas non touché.

M. Hébert est conscient que la nouvelle peut causer certaines inquiétudes. Il assure toutefois que pour avoir pris connaissance des chiffres de Semex et des différents scénarios possibles, la fermeture des installations au Québec était le geste le plus logique. « L'arrivée de la génomique a tout transformé il y a une dizaine d'années », fait valoir le gestionnaire qui indique qu'on peut savoir maintenant dès un très jeune âge si un taureau a le potentiel nécessaire.

Les taureaux de Sainte-Madeleine prendront la direction de Guelph. Le site ontarien a été privilégié pour différentes raisons, dont sa proximité avec l'aéroport Pearson, le plus important au pays. Près de 90% des semences produites par Semex sont destinées à des acheteurs étrangers. Certaines exigences de l'Union européenne ont aussi contribué au choix. Les taureaux doivent être alimentés par des sources se trouvant à proximité. À Sainte-Madeleine, le site a une capacité de 14 acres contre 455 acres à Guelph. Les élevages québécois seront également représentés et ne seront pas désavantagés par le déménagement. « Les meilleurs taureaux, notre top, ceux qu'on chouchoute, se trouvent déjà (sur un autre site) à Kempville (Ontario) », souligne M. Hébert.

Est-ce à dire que la place de Semex dans le monde est mise en danger par la concurrence? Le contexte actuel est fort différent de celui qui a vu naître Semex, indique le dirigeant de la Ciaq. Aujourd'hui, on assiste à de la consolidation dans le secteur de la production de semences et à des entreprises multimilliardaires cotées en bourse. Pour concurrencer ces entreprises, il faut arriver à faire mieux avec des moyens limités. « On a pu vendre à un prix un peu plus élevé que la concurrence sur le marché international, on ne peut pas faire ça longtemps (...) Semex est une exception dans le monde, c'est la seule entreprise entre les mains des producteurs, mais on ne peut pas leur demander d'en faire beaucoup plus que ce qu'ils font actuellement. »

Les dirigeants de Semex estiment qu'ils pourront tripler les semences sexées, les plus en demande, en rapatriant les activités sur un seul site. « On veut se maintenir dans le top trois mondial »

Le savoir-faire et la génétique canadienne devraient garder leur place sur la scène internationale, tout en permettant aux éleveurs d'ici d'avoir accès aux meilleurs géniteurs dans le monde, selon M. Hébert qui souligne que la recherche et le développement demeurent à Saint-Hyacinthe sous la supervision de Boviteq. Détenue par Semex, Boviteq a reçu des investissements de 3,8 M$ en 2019 pour mettre à niveau ses installations qui sont parmi les meilleures au monde, de l'avis de M. Hébert.

Quant aux installations de Sainte-Madeleine, le Ciaq collabore actuellement avec Semex pour leur trouver une nouvelle vocation en ligne avec leur historique. La vente n'est pas envisagée et on parle plutôt de « revalorisation ». Les syndicats à la fois des techniciens et des bouviers recevront également un soutien pour aider les employés licenciés à trouver de nouveaux débouchés.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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