Traiter le lisier pour en sortir de l’eau potable

Une entreprise québécoise a réussi le pari technologique

Plusieurs en parlaient depuis les premiers systèmes de séparation du lisier, mais personne n’avait réussi à le faire : récupérer l’eau potable du lisier. Une première porcherie vient d’être équipée d’un tel système dans Lotbinière.

C’est Développement Solugen qui a réussi ce pari technologique grâce à un investissement de plus de trois millions de dollars, dont 1,6 million de dollars accordés par Transition énergétique Québec et son programme Technoclimat.

Dans une porcherie, le lisier est habituellement envoyé dans la préfosse, puis il est expédié vers la fosse. Celle-ci est ensuite vidée deux fois par année. Pour une maternité de 3200 truies, cela représente quatre fosses de 130 pieds (39,6 mètres) de diamètre.

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« Nous, le lisier ne va plus dans la préfosse de la ferme, explique André Beaulieu Blanchette, président de Développement Solugen. Il est envoyé dans le bâtiment où est situé le système de traitement. »

L’installation demande donc la construction d’un nouveau bâtiment qui sera divisé en deux pièces. Dans la première, une centrifugeuse sépare la partie liquide de la partie solide du lisier. Cette partie solide contient entre 25 à 30% de matière sèche. « Ça en fait un fumier solide “pelletable” riche en azote organique et en phosphore », explique André Beaulieu Blanchette.

Le liquide est ensuite envoyé dans la deuxième pièce où il y a le traitement de l’eau. C’est ce que l’on voit sur la photo ci-contre. Il en résulte de l’eau potable et deux engrais liquides : 4,5% du volume initial sous forme d’engrais riche en potassium et 0,5% sous forme d’azote ammoniacal. Ces deux engrais, ainsi que le fumier solide provenant de la première séparation, peuvent ensuite être vendus par la ferme.

L’eau peut-être réutilisée sur la ferme ou rejetée dans le ruisseau. La maternité de Sainte-Agathe-de-Lotbinière de 600 truies où est située la première installation peut passer à 1500 truies sans avoir à construire une nouvelle fosse à lisier et sans avoir à creuser pour un nouveau puits. Cette première installation sert de vitrine technologique. « Sous appel, les clients peuvent venir visiter », précise André Beaulieu Blanchette.

En plus de réduire l’utilisation de l’eau et de faciliter l’exportation du fumier, le système permet de réduire jusqu’à 95% des gaz à effets de serre et des odeurs liés à l’entreposage et à l’épandage du lisier.

M. Beaulieu Blanchette explique que le souhait de l’entreprise est de cibler la production porcine au Québec. Il a eu des demandes en production bovine et laitière, mais il  faudrait faire de la recherche et du développement puisqu’il ne s’agit pas du même fumier. L’entreprise a aussi eu des demandes de l’international, mais le souhait est de développer d’abord le marché du Québec.

« Ce qui me motive c’est d’avoir un impact sur l’environnement, dit André Beaulieu Blanchette. D’ici 2050, on va être 10 milliards d’humains sur Terre. Il va falloir protéger notre eau et permettre d’augmenter la production tout en diminuant l’impact environnemental. »

L’entreprise débutera sa production en 2020 et offrira deux formats : traitement pour 10 000 ou 20 000 mètres cubes de lisier.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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