Fin octobre 2025, le gouvernement fédéral a lancé une alerte sérieuse : la GRC a recensé de nombreux cas de piratage visant des systèmes de contrôle accessibles en ligne. Parmi les cibles identifiées figurent des exploitations agricoles, notamment via leurs technologies de surveillance des grains.
À Ottawa, le constat est sans appel : une grande partie du parc technologique agricole est vétuste. Ces systèmes, dont les protocoles de sécurité sont dépassés, permettent aux pirates informatiques de s’infiltrer facilement avant de rebondir sur d’autres programmes gérés par le même appareil. Sabotage malveillant ou demandes de rançon (rançongiciels) : les attaques se multiplient sous diverses formes.
Le secteur agricole: vulnérable et peu préparé
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Selon un sondage mené en 2024 par la firme de comptables MNP, les fermes sont des cibles de choix. Les cybercriminels visent tout ce qui est connecté : du suivi des silos à grains aux systèmes automatisés des étables laitières. Le danger est d’autant plus grand que 80 % des 541 exploitations sondées ne disposent d’aucun plan de sécurité informatique.
« Les producteurs modernisent leurs opérations à toute vitesse avec des tracteurs connectés et des capteurs à distance pour tout automatiser, des abreuvoirs aux séchoirs à grains », explique Tyler Moffitt, analyste principal en sécurité chez OpenText Cybersecurity.
« Le problème, c’est que beaucoup de ces systèmes n’ont jamais été conçus pour être reliés au Web. Ils datent de plusieurs décennies et ne sont pas de taille face aux tactiques des criminels modernes. »
Risques pour la gestion à la ferme
Qu’ils agissent par appât du gain ou par militantisme, les pirates informatiques traquent quotidiennement les failles de configuration ou les accès non authentifiés. « Ils n’ont aucun mal à entrer », ajoute Tyler Moffitt. « Les protections sont souvent faibles, voire inexistantes. C’est une porte d’entrée royale vers l’ensemble du réseau de la ferme. »
L’enjeu dépasse le cadre privé : la vulnérabilité de ces systèmes est telle qu’elle pourrait perturber la gestion agroalimentaire à l’échelle nationale. Des précédents dans le secteur chimique ont montré qu’un simple dérèglement de la température pouvait provoquer des explosions ou des dégâts majeurs.
Si, par le passé, le piratage était l’œuvre de militants (comme des groupes de défense des droits des animaux), il est aujourd’hui motivé par l’argent. « Ils bloquent vos fichiers et exigent un paiement pour les déverrouiller », précise l’expert.
Dans 95 % des cas, les services sont rétablis après paiement, les criminels tenant à maintenir leur « réputation » pour que les victimes continuent de payer. Certains poussent même le cynisme jusqu’à présenter l’attaque comme un « test de sécurité involontaire », fournissant un rapport sur les failles exploitées.
Comment protéger sa ferme?
Pour Tyler Moffitt, les agriculteurs doivent considérer leurs vieux systèmes comme des bombes à retardement.
Voici ses recommandations :
-Changer les mots de passe : Ne jamais conserver les réglages d’usine (par défaut), que les cybercriminels connaissent par cœur.
-Segmenter le réseau : Utiliser des réseaux locaux virtuels (VLAN) pour isoler les logiciels les uns des autres et limiter la propagation d’une attaque.
-Si possible, séparez votre réseau Wi-Fi personnel de celui qui contrôle vos machines agricoles (via un VLAN).
-Déconnecter si possible : Si un système n’a pas besoin d’être sur Internet, retirez-le du réseau.
-Sécuriser les accès : Privilégier les passerelles sécurisées aux ports ouverts.
-L’authentification multifactorielle (MFA) : C’est l’outil le plus efficace. Il consiste à valider un accès via deux étapes (un mot de passe et un code reçu par SMS, par exemple).
Cet article de Scott Garvey publié dans The Western Producer a été traduit et adapté par Le Bulletin des agriculteurs.