500 à 1000 viticulteurs bordelais en difficulté

Bordeaux (France), 13 décembre 2003 – Baisse des ventes tant en France qu’à l’export, chute des cours du vin, contexte économique morose: entre 500 et 1000 des quelque 9000 viticulteurs du Bordelais connaissent des difficultés financières qui pourraient être fatales à certains.

S’il refuse de parler de crise, le président du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) Jean-Louis Trocard affirme sans ambages qu’« il risque d’y avoir de la +casse+ », avec des « dépôts de bilan ou des ventes de propriétés ». Un constat partagé par la Chambre d’agriculture ainsi que par les organisations syndicales agricoles, FDSEA et Jeunes Agriculteurs (JA).

Les ventes sont déjà en « recrudescence », assure de son côté Francis Massé, le président de la SAFER, la Société d’aménagement foncier d’Aquitaine. « Une situation que l’on n’avait pas connue ces vingt dernières années dans le Bordelais », ajoute-t-il, et qui n’est pas sans conséquence sur le prix du foncier.

Sur les douze derniers mois, le foncier viticole, quelle que soit l’appellation, a chuté de 25% en moyenne. Ainsi dans l’appellation Bordeaux, l’hectare se négocie aujourd’hui entre 23.000 et 30.000 euros, contre 43.000 euros et 46.000 euros il y a un an et demi, selon la SAFER.

Pour le président de la FDSEA Denis Lurton, on a « tardé à prendre conscience de la situation » alors que les producteurs bordelais affrontent depuis quelques années l’offensive des vins du Nouveau monde, une diminution des ventes, une surproduction structurelle, des stocks qui s’accumulent et des prix qui s’effondrent.

Ainsi, en 1997 et 1998 – période d’euphorie et de spéculation -, le tonneau (900 litres) de Bordeaux rouge est monté jusqu’à 1500 euros. Sa cote plancher est descendue récemment jusqu’à 800 euros.

Conséquence: certaines exploitations « vendent en dessous du prix de revient », analyse Nicolas Fauré-Roux, secrétaire général des JA. Aujourd’hui, certains viticulteurs se demandent s’ils vont continuer.

Tous les exploitants ne sont pas logés à la même enseigne. Les plus en difficulté vendent en vrac, dans les appellations Bordeaux et Bordeaux supérieur, (46% de la récolte 2002), Médoc et Haut-Médoc.

Mais « s’il devait y avoir une crise plus profonde, cela risquerait d’affecter l’image de tous les vins de Bordeaux », prévient Bernard Artigue, le président de la Chambre d’Agriculture. Celle-ci a ainsi mis en place des « audits », afin de fournir aux viticulteurs un diagnostic global de leur exploitation et étudier les moyens de réaliser des économies – par renégociation des prêts, vente de patrimoine, voire diminution des revenus…

La FDSEA envisage même l’arrachage temporaire, qui devrait obligatoirement, selon elle, s’accompagner d’aides et de primes.

Vendre est la solution extrême, qui équivaut à « se séparer de ses tripes », dit Francis Massé.

Personne ne veut cependant sombrer dans le pessimisme. « Bordeaux restera toujours Bordeaux », jure M. Artigue, pour qui la viticulture bordelaise est « à un tournant ». Son défi ? S’adapter au marché du XXIe siècle.

Dans ce but, le CIVB a lancé une vaste réflexion et prépare « les Assises du vin de Bordeaux », pour « sortir des idées innovantes afin d’orienter la filière bordelaise sur de nouvelles pistes ».

Source : AFP

Commentaires