Allemagne : le « tournant agricole » écologique se prend au ralenti

Berlin (Allemagne), 18 janvier 2002 – Un an après avoir conquis l’opinion en annonçant un « tournant agricole » écologique en pleine crise de la vache folle, la ministre allemande de la Consommation et de l’Agriculture, l’écologiste Renate Kuenast, doit freiner son entrain sous la pression des lobbies agricoles.

La « semaine verte », salon de l’agriculture allemand qui s’est tenu cette semaine à Berlin, a été l’occasion pour les politiques, syndicats agricoles, consommateurs et organisations écologistes de dresser un premier bilan de cette nouvelle politique agricole.

Forte d’un important capital de sympathie lors de son entrée en fonction l’an dernier, Mme Kuenast avait obtenu carte blanche pour rétablir le plus vite possible la confiance cassée des consommateurs après la découverte en novembre 2000 de premiers cas de vache folle dans un pays qui se targuait d’en être exempt.

En quelques mois, la première ministre Verte de l’Agriculture en Allemagne avait réussi à gérer la double crise de la vache folle et de la fièvre aphteuse, décidant notamment l’abattage de 400.000 boeufs, la réduction du temps de transport d’animaux et l’amélioration des conditions de vie des poules pondeuses.

Cette année encore, les réformes devraient aller bon train. D’ici le mois d’avril, un sigle écologique destiné à orienter le consommateur vers l’achat de produits écologiques figurera sur près de 1.300 produits alimentaires.

La ministre a aussi assuré qu’un projet de loi visant à améliorer l’information des consommateurs passerait devant le parlement allemand avant les élections législatives de septembre 2002.

Les organisations écologistes comme le Fonds mondial pour la Naturene manquent pas de saluer « le nouvel élan dans la politique agricole écologique » insufflé par Mme Kuenast. Et la fédération de protection des consommateurs VZBV de la féliciter des réformes parmi « les plus importantes en matière de politique du consommateur depuis des dizaines d’années ».

Mais derrière cette dynamique apparente, c’est le projet central du tournant agricole, celui de parvenir d’ici 10 ans à 20% de surface agricole biologique (contre 2,4% aujourd’hui), qui semble menacé par une résistance croissante des lobbies agricoles.

Car depuis l’an dernier, le contexte a changé et la marge de manoeuvre de la ministre s’est réduite au profit de celle de l’agro-industrie, inquiète que la nouvelle politique ne conduise à une perte de compétitivité dans une Union européenne bientôt élargie.

Le président du syndicat paysan (DBV) Gerd Sonnleitner a accusé Mme Kuenast de faire cavalier seul dans l’UE en matière de politique agricole et de « menacer l’économie agricole allemande » en « décourageant les investissements » par une politique « purement idéologique ».

Selon une étude de l’institut IFO, les paysans sont encore plus pessimistes qu’il y a six mois sur leur avenir. Seuls 19% d’entre eux jugent leur situation économique actuelle bonne ou très bonne.

« Il faut beaucoup de patience pour suivre l’orientation bio », relève un exposant de la semaine verte, Paul Erich Etzel, propriétaire depuis 15 ans d’une exploitation écologique qui n’est profitable que depuis 5 ans.

Néanmoins, même si la tendance à l’agriculture bio n’a pas pris l’ampleur annoncé, des efforts croissants sont réalisés pour passer à des formes de production favorables à l’environnement, selon une étude de l’organisation de protection de l’environnement BUND.

Pour que cette tendance perdure, Mme Kuenast devra se battre. Et pour y parvenir il faudrait qu’elle ait des pouvoirs renforcés, réclament les organisations écologistes et la Fédération de protection des consommateurs.

Source : AFP

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