Boire de l’eau du robinet en Chine, une expérience risquée

Pékin (Chine), 30 décembre 2005 – Boire de l’eau du robinet en Chine est une expérience risquée en raison de la pollution par l’agriculture et l’industrie des cours d’eaux et des nappes souterraines, estiment les experts.

Cette semaine, la publication de statistiques officielles a de nouveau mis en lumière le coût écologique de la croissance vertigineuse chinoise.

L’agence de l’environnement — l’Administration d’Etat de protection de l’environnement — a révélé que les eaux souterraines, qui fournissent près de 70% de l’eau potable des 1,3 milliard de Chinois, étaient polluées dans 90% des villes chinoises.

Une situation, qui touche en particulier les villes du nord de la Chine et que le vice-directeur de l’agence, Zhang Lijun, a qualifié de « grave ».

« Quand vous voulez la croissance économique, il y a plein de choses auxquelles vous ne faites pas attention », souligne Kenneth Leung, écotoxicologue à l’Université de Hong Kong. « C’est un compromis », dit-il.

La pollution est généralement due aux rejets industriels et humains et, comme dans la plupart des pays en développement, le traitement de l’eau prélevée dans les cours d’eaux et les nappes est insuffisant.

Deux accidents écologiques se sont produits récemment, l’un dans le nord-est, dans le Heilongjiang, et l’autre dans le sud de la Chine, dans le Guangdong, polluant des rivières et privant d’eau pendant plusieurs jours les habitants de plusieurs grandes villes.

Selon les chiffres officiels, plus de 70% des rivières et des lacs sont pollués et environ 400 des 600 villes les plus importantes souffrent de pénuries récurrentes.

Dans les campagnes, le recours aux engrais est massif, la Chine en étant l’un des principaux utilisateurs au monde avec 280 kg par ha.

Le vice-ministre des ressources hydriques, E. Jingping, cité mercredi par l’agence officielle Chine Nouvelle, a affirmé que 300 millions d’habitants des campagnes, soit près d’un tiers du total, disposaient d’eau non potable.

La pression est telle, selon les spécialistes, que les nappes phréatiques sont fragilisées.

« Une fois que les eaux souterraines sont épuisées, l’eau de surface s’infiltre plus facilement dans les nappes », explique Ma Jun, un consultant spécialisé dans l’environnement basé à Pékin. « Et cela devient un cercle vicieux », ajoute-t-il.

« Les plus grands +cancers+ sont les enfouissements de déchets dans les villes, les stations d’essence et les effluents industriels et agricoles », a écrit dans un article récent Zhao Zhangyuan, un ancien expert de l’Institut de recherches des sciences de l’environnement, aujourd’hui à la retraite.

Selon un scientifique chinois spécialisé dans les questions de l’environnement, qui a requis l’anonymat, des niveaux élevés de métaux lourds, de nitrates, de produits pétrochimiques et de pesticides sont relevés dans les les eaux souterraines.

Une exposition à des taux élevés de nitrate pour les buveurs d’eau a conduit à une augmentation des problèmes de santé, tels que des maladies congénitales, des cancers, de l’hypertension, a-t-il dit.

De son côté, le gouvernement affirme mener des actions.

Début novembre, le vice-ministre de la Construction, Qiu Baoxing, avait reconnu que c’était le principal défi posé à la Chine. Le pays « affronte une crise de l’eau plus grave et plus urgente que n’importe quel pays au monde », a-t-il dit.

Les autorités ont indiqué avoir investi depuis 2000 plus de 18 milliards de yuans (2,17 Mds USD) dans 800 000 projets destinés à l’eau potable dans les campagnes. Et les députés prévoient de renforcer en 2006 la loi sur la prévention et le contrôle de la pollution de l’eau.

Source : AFP

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