Ligne de temps

Champignons anti-pucerons

Vous songez à appliquer des fongicides dans votre soya pour en augmenter les rendements? Attention! Vous pourriez ainsi rendre vos champs plus vulnérables aux pucerons.

Cette hypothèse nous provient de la chercheuse Annie-Ève Gagnon, biologiste-entomologiste au CÉROM. Embauchée l’an dernier, elle a eu comme première mission de valider au Québec l’application mobile Aphid Advisor.

Développée sur la base des recherches de Rebecca Hallet, de l’Université de Guelph, Aphid Advisor est un outil qui guide le producteur dans le dépistage du puceron du soya et de ses ennemis naturels. L’application s’installe sur un téléphone intelligent. Une fois les dépistages terminés, Aphid Advisor émet une recommandation, selon un « seuil d’intervention dynamique ».

L'application mobile Aphid Advisor. IMAGE : iTunes

L’application mobile Aphid Advisor. IMAGE : iTunes

Conçu essentiellement pour le sud-ouest de l’Ontario, Aphid Advisor n’est pas nécessairement fiable au Québec. Les premiers essais d’Annie-Ève Gagnon ont révélé que les recommandations d’Aphid Advisor correspondent à celles qu’un agronome québécois aurait pu formuler que dans 60 % des cas.

Il s’avère aussi que quand Aphid Advisor se trompe, c’est en présence de champignons entomopathogènes. Parmi les ennemis naturels du puceron du soya, il n’y a pas que des insectes; il y a aussi des champignons microscopiques.

« Souvent, on observe une augmentation de la population de pucerons, puis ils meurent tous en même temps. C’est un champignon qui infecte les pucerons et qui provoque une baisse drastique de la population », rapporte Annie-Ève Gagnon.

N’en est-il pas de même en Ontario? D’abord, il y a des différences de climat. Mais surtout, les producteurs ontariens seraient plus nombreux à utiliser des fongicides foliaires dans leur soya. « Ces champignons entomopathogènes sont toujours présents, dit Annie-Ève Gagnon. Si le champ est continuellement traité avec des fongicides, ils seront moins présents. »

Au Québec, de plus en plus de producteurs sont tentés par l’application de fongicides foliaires, en raison des gains de rendement observés. Cette tendance pourrait anéantir des ennemis naturels du puceron du soya et lui laisser le champ libre, soupçonne Annie-Ève Gagnon.

« Quand l’outil Aphid Advisor se trompe au Québec, c’est parce qu’on a dans le champ plein de champignons entomopathogènes, qui sont un agent de lutte super efficace », affirme la chercheuse.

Identifier les espèces
En 2014, le CÉROM poursuivra les efforts pour valider l’outil Aphid Advisor. Un projet a aussi été lancé pour identifier les espèces de champignons entomopathogènes et évaluer leur virulence. D’après la chercheuse, il pourrait y avoir de trois à 24 différentes espèces, l’une d’entre elles étant prédominante.

Avant de proposer des ajustements à Aphid Advisor, il faudra modéliser l’impact de ces champignons, en fonction de la météo, de leurs niveaux de population et des stades de développement des pucerons. Annie-Ève Gagnon croit qu’à terme, Aphid Advisor pourrait avoir une précision de 75 % au Québec. Il demeurera un outil indicatif, dont les recommandations seront à confirmer par un professionnel.

L’identification des espèces de champignons entomopathogènes ouvre la voie vers une avenue particulièrement palpitante aux yeux d’Annie-Ève Gagnon : le développement de biopesticides. Cultivés en laboratoire et commercialisés à grande échelle, ces champignons seraient rendus disponibles aux producteurs, en compléments aux intrants chimiques.

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