Sur les traces de l’amarante tuberculée au Québec

Depuis la découverte de l’amarante tuberculée au Québec en 2017, les efforts se sont multipliés au MAPAQ pour tenter de cerner le problème avant qu’il n’échappe au contrôle des producteurs. Pourquoi cette urgence? Cette mauvaise herbe possède une diversité génétique considérable qui fait en sorte qu’elle a développé des résistances à plusieurs types d’herbicides, avec la menace qu’elle s’échappe dans la nature et se propage à la grandeur de la province. Chaque plant a aussi la possibilité de relâcher des milliers de semences. Et si ces avertissements n’étaient pas suffisants, l’exemple des États-Unis pourrait servir de repoussoir: dans certains États, l’amarante tuberculée est désormais présente dans 100% des champs avec des moyens de contrôle de plus en plus limités.

Un des défis face à son contrôle repose sur la reconnaissance de la plante. Elle est facilement confondue avec les autres amarantes. Dans les plantes testées dans les laboratoires du MAPAQ, les spécimens envoyés par les producteurs sont plutôt de l’amarante de Powell.  David Miville, agronome et malherbologiste au MAPAQ, voit ceci comme un bon signe “Ça montre que les producteurs sont sensibilisés à la question”, ce qui répond justement au mandat du ministère de faire connaitre davantage la mauvaise herbe. Le webinaire diffusé le 19 janvier visait justement à remplir ce mandat en présentant un portrait de l’amarante tuberculée au Québec et les manières de la gérer.

Puisque la première difficulté de l’amarante tuberculée repose sur son identification, plusieurs images ont été utilisées afin de la différencier des autres amarantes. Les caractéristiques à surveiller sont la tige, la forme des feuilles, l’inflorescence et l’identification des plants mâles et femelles.

 

Contrairement aux autres amarantes, l’amarante tuberculée est lisse. Elle est aussi de couleur verte.

Forme et couleur des feuilles photo: MAPAQ

Les feuilles sont plus lancéolées que celles des autres amarantes, même si parfois elles peuvent aussi ovées, comme celles de l’amarante de Powell.

L’inflorescence est de plus grande stature et moins en bouquet que celles des autres amarantes.

Il faut aussi apprendre la différence entre les plants mâles et femelles puisque ce type de reproduction différencié contribue à sa propagation en élargissant son bagage génétique et donc ses résistances aux herbicides. Un plant d’amarante tuberculée peut produire des milliers de semences qui peuvent rester dans le sol jusqu’à cinq ans, lorsque le champ fait l’objet d’une intervention.

M.Miville a présenté un portrait de la propagation de l’amarante tuberculée au Québec et des résistance aux herbicides trouvées dans chaque cas. Les producteurs qui croient avoir des spécimens de cette mauvaise herbe peuvent en envoyer au LEPD pour un test moléculaire dont les frais sont remboursés. Si les tests sont positifs, le producteur peut être soutenu dans le cadre du plan d’intervention phytosanitaire du Québec qui comprend une aide financière et agronomique.

Tirer des leçons de l’expérience américaine

Bob Hartzler, professeur et spécialiste en malherbologie de l’Université de l’État de l’Iowa, a présenté un résumé de son expérience sur le terrain depuis plus de 20 ans.

Les premières résistance aux herbicides de l’amarante tuberculée sont apparues en 1983. La résistance au glyphosate a, pour sa part, été détecté au début des années 2000. La mauvaise herbe a envahi l’Iowa en l’espace de quatre ans. Elle est présente dans tous les champs aujourd’hui. Elle se distingue d’ailleurs par sa capacité à développer rapidement des résistances. Dans l’État américain, 95% des champs montre une résistance aux groupes d’herbicide 2-5-9, 95% aux groupes 14 et 27, tandis qu’un autre 25% sont résistant au groupe 4.

M. Hartzler indique qu’en plus des caractéristiques de la plante, deux autres facteurs ont contribué à sa propagation: l’attitude des agriculteurs qui n’ont pas eu tendance à prendre au sérieux la menace et l’omniprésence de la plante sous forme résiduelle, en omettant par exemple de nettoyer les moissonneuses-batteuses.

La meilleure manière de combattre l’amarante tuberculée est par une combinaison d’herbicides. Il faut aussi analyser l’efficacité des différents produits dans ses propres champs au cours des dernières années.

Un programme en pré-levée est primordial. La dose est importante et il faut utiliser la dose maximale.

Pour le maïs, il faut privilégier les herbicides des groupes 15 et 27 (groupe 5 au Québec est peut-être déjà résistant) et pour le soya ceux des groupes 15-14-5. Ceux du groupe 3 peuvent être utilisés en alternance.

L’application post-levée est utilisée comme technique de défense et non pas comme étant la stratégie principale. Pour le maïs, les herbicides recommandés sont ceux des groupes 27-4-10  et le soya 10 ou 14 (ce dernier est peut-être déjà résistant ici). L’application doit chevaucher celle de pré-levée en se faisant à trois semaines pour profiter de l’effet résiduel.

Parmi les autres moyens, M. Hartzler indique que les rangs étroits semblent donner de bons résultats. Les cultures de couverture ont eu des résultats mitigés puisque la biomasse obtenue n’était pas suffisante pour contrôler l’amarante. Le report des semis de deux semaines à un mois a aussi eu des résultats discutables, mais les applications ont été réduites de 30%. Une rotation diversifiée obtient des résultats convainquant: une étude sur 20 ans a démontré une réduction de 90% de l’ensemble des herbicides par cette technique.

Aujourd’hui, de plus en plus de producteurs aux États-Unis utilisent aussi une solution mécanique. Un dispositif est placé à l’extrémité de la moissonneuse-batteuse afin que les résidus comme les semences, grandes responsables de la propagation, soient regroupés, ce qui produit une ligne de résidus dans le champ. Les semences se retrouvent dans une zone circonscrite au lieu d’être partout dans le champ. La surface à contrôler dans le champ est ainsi facilitée.

 

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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