Commerce: le ton monte entre Washington et ses principaux partenaires

Washington (États-Unis), 26 mars 2002 – Le ton monte entre Washington et ses principaux partenaires commerciaux, comme l’Union européenne et le Canada, réveillant des menaces de guerre commerciale qui semblaient apaisées depuis l’arrivée au pouvoir de George W. Bush.

Acier avec les Européens et bois avec les Canadiens sont venus s’ajouter aux dossiers litigieux, les accusations de protectionnisme volant de part et d’autre.

Depuis le début 2001 et l’élection du président républicain, le climat semblait à l’apaisement des vieilles querelles avec l’Union européenneportant sur les bananes, la viande aux hormones et les organismes génétiquement modifiés (OGM).

La collaboration entre les deux premières puissances commerciales mondiales avait permis de lancer en novembre dernier un nouveau cycle de négociations au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) après un échec retentissant deux ans plus tôt.

Mais le dossier de l’acier a fait ressortir les couteaux. L’imposition de tarifs douaniers allant jusqu’à 30% par les Etats-Unis pour protéger leur industrie sidérurgique a déclenché une cascade de plaintes des partenaires commerciaux de Washington, Européens en tête, devant l’OMC.

Bruxelles demande des mesures de compensation dépassant 2 milliards de dollars et s’apprête à imposer de son côté des tarifs douaniers pour protéger sa propre industrie sidérurgique de l’afflux prévisible des importations d’acier détournées du marché américain.

En accusant l’UE de protectionnisme pour cette initiative, Washington a retourné le « compliment » qui lui avait été adressé quelques semaines auparavant.

Il est « étrange que l’Union européenne se soit montrée si mécontente des mesures de sauvegarde décidées par les Etats-Unis après neuf mois d’une enquête minutieuse et décide ensuite d’imposer des mesures protectionnistes sans même se livrer à une enquête et avant même que les navires aient eu le temps d’arriver dans les ports européens », a lancé lundi un porte-parole du représentant américain pour le commerce (USTR), Robert Zoellick.

Ce sont maintenant les Etats-Unis qui menacent de traîner l’UE devant l’OMC en mettant en doute la validité des mesures de sauvegarde « alors que les importations d’acier vers l’Europe n’ont même pas eu le temps d’augmenter », a affirmé l’USTR.

Avec le Canada, partenaire des Etats-Unis et du Mexique au sein de l’Association nord-américaine de libre échange (ALENA), et à ce titre épargné dans le dossier de l’acier, c’est le conflit du bois de construction qui a relancé les tensions.

L’imposition de droits antidumping et compensatoires de 29% sur les importations aux Etats-Unis a été qualifiée « d’obscène » par le ministre canadien du Commerce extérieur, Pierre Pettigrew.

Tout en assurant qu’il n’y aurait pas de mesures de rétorsion, Ottawa s’est empressé d’infliger des droits allant jusqu’à 71% sur les tomates américaines.

Le durcissement commercial américain obéit essentiellement à des contraintes de politique intérieure. Pour négocier les mains libres et tenter d’assurer la victoire de son parti aux élections parlementaires de novembre prochain, George W. Bush doit donner des gages au camp protectionniste.

Le projet de loi TPA (Trade Promotion Authority), qui permet à la présidence de négocier des accords commerciaux sans que le Congrès les mette ensuite en pièces, est toujours bloqué au Sénat après avoir été voté à une voix près par les représentants en décembre.

Mais tout en se montrant très conscient des réalités de la politique américaine – il ne vient pas à Washington sans rendre visite aux parlementaires influents – le Commissaire européen au Commerce Pascal Lamy entend montrer les limites de sa compréhension.

Dans la liste encore provisoire des produits visés par d’éventuelles mesures de rétorsion européennes figurent surtout ceux produits dans les Etats électoralement sensibles pour le président américain.

Source : AFP

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