Des supermarchés australiens veulent des caméras sur les fermes

Les actions pour le bien-être des animaux de ferme peuvent aller très loin. Les producteurs agricoles australiens pourraient bientôt être obligés d’installer des caméras de surveillance dans leurs bâtiments d’élevage s’ils veulent continuer d’approvisionner la chaîne de supermarchés Coles.

La responsable des politiques et de la qualité des supermarchés, Jackie Healing, a annoncé le 9 août dernier que les producteurs pourraient devoir installer des caméras fonctionnant en permanence afin que les détaillants puissent assurer aux consommateurs que leur nourriture procure une garantie en matière de bien-être animal de la ferme à l’assiette.

Les groupes de défense des animaux applaudissent. «Les abattoirs et les producteurs qui sont confiants de pouvoir rencontrer les attentes de la communauté devraient saluer une telle initiative; ça permettrait de rassurer les consommateurs que les détaillants prennent les intérêts de la communauté en matière de bien-être animal au sérieux», affirme la directrice de la campagne Animals Australia, un groupe de pression pour le bien-être animal.

Les producteurs sont choqués. Ils affirment que la politique est une intrusion dans leur vie privée puisque leurs fermes sont leur lieu de résidence. Ils accusent la chaîne Coles de faire un mauvais usage de son pouvoir.

Jackie Healing a pour sa part avoué à une assemblée que si les producteurs n’ont rien à cacher et qu’ils traitaient les animaux correctement, l’idée ne devrait pas être un problème. «Si vous prenez l’exemple du Royaume-Unis, vous ne pouvez pas être fournisseur d’agneau pour le supermarché Tesco tant que vous n’avez pas de caméra fonctionnant en permanence dans votre abattoir», dit-elle.

Selon le directeur de l’Australian Farm Institute (Institut agricole australien), Mick Keogh, la proposition de Coles ne tient pas compte du contexte et elle semble être un appel cynique aux consommateurs les mieux nantis. Il se demande comment cette nouvelle préoccupation de la compagnie concorde avec la récente politique d’importation massive de produits végétaux congelés et d’aliments préparés à faible coût sans demander des garanties semblables.

Le président du regroupement des producteurs de porcs à la Victorian Farmers Federation, John Bourke, aussi producteur d’une importante ferme porcine, s’est dit dégoûté de l’idée. «C’est de la pure hypocrisie, dit-il. Ils continuent d’importer du bacon d’outre-mer et prétendent qu’il est australien.»

Source: The Australian

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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