En France aussi, les campagnes se vident

Paris (France), 15 janvier 2004 – Postes qui ferment, écoles en sursis, habitants qui fuient vers la ville: pour lutter contre la désertification qui frappe les campagnes françaises, les députés ont entamé l’examen du projet de loi sur le développement des territoires ruraux. Une thérapie de choc censée donner un coup de fouet à l’économie rurale et endiguer la fermeture des services publics dans les petites communes.

« Ce projet de loi répond au sentiment d’abandon que ressentent un grand nombre de ceux qui vivent et travaillent en zone rurale », a expliqué dans l’hémicycle le ministre de l’Agriculture Hervé Gaymard.

Un Français sur quatre vit aujourd’hui à la campagne. Depuis 1990, 250 000 personnes s’y sont installées, souvent des ménages qui travaillent en ville ou des retraités. L’emploi s’y est diversifié au point que l’agriculture ne représente plus que 10% des emplois ruraux. Un bilan en demi-teinte, car si certaines zones rurales connaissent une boom démographique, 8000 communes sont menacées de disparition.

Pour attirer de nouvelles âmes dans ces terroirs reculés, le texte comporte un cocktail de mesures économiques. Version campagnarde des zones franches, les zones de revitalisation rurale créées en 1995 sont relancées. Les entreprises qui s’y installent ou engagent des travaux de rénovation auront droit à des exonérations fiscales. Des ristournes seront aussi accordées aux propriétaires qui réhabilitent les vieux bâtiments de ferme ou maisons de village en ruine pour les mettre en location. « En laissant ainsi son patrimoine se dégrader, la France rurale s’appauvrit », déplore M. Gaymard.

Le ministre veut aussi garantir un égal accès aux services de proximité. Les « maisons de service public » imaginées en 2003 pourront donc accueillir des services privés (professions libérales, artisans notamment). Ces « maisons » sont actuellement expérimentées en Charente, Corrèze, Dordogne et Savoie. Plus largement, le gouvernement réfléchit à la façon de regrouper plusieurs services (« point-Poste », billets SNCF, etc…) en un seul endroit.

Pour attirer les médecins vers les campagnes, où l’offre de soins fait souvent défaut, la création de cabinets groupés et de pôles de soins réunissant plusieurs spécialités sera favorisée. Les médecins qui s’installent auront droit à des exonérations fiscales et les étudiants en médecine toucheront une indemnité s’ils s’engagent à exercer en zone déficitaire pendant cinq ans.

La protection de l’environnement n’est pas en reste. Pour lutter contre l’urbanisation galopante qui menace les campagnes situées en périphérie des villes, le texte accorde aux départements la possibilité d’exercer un droit de préemption pour protéger les terrains agricoles.

L’examen en première lecture des 76 articles de ce texte fleuve occupera les députés jusqu’à la fin janvier. Il sera ensuite transmis au Sénat au printemps.

Source : AP

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