France : Les céréaliers dénoncent l’achat de blé ukrainien

Paris (France), 4 décembre 2001 – Le déchargement au port de Lorient d’un bateau de blé ukrainien, une première en France, déclenche la colère des producteurs qui craignent une baisse des prix des céréales alors que leurs revenus sont déjà pénalisés.

Pour ces derniers, l’arrivée du Georgios K avec à son bord environ 27 000 tonnes de blé ukrainien destiné à la fabrication d’aliments pour le bétail concrétise l’affaiblissement des règles européennes et illustre la nécessité de résister à la libéralisation du commerce mondial.

Jean-Jacques Chalmeau, directeur de la fédération départemental du Morbihan des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA), attendait environ 200 manifestants céréaliers venus de plusieurs régions de France mardi au port de Lorient.

« Les céréaliers ont peur. Ce bateau est la démonstration du début du démantèlement de la Politique agricole commune », a dit à Reuters le responsable, co-organisateur avec l’Association générale des producteurs de blé (AGPB), de la manifestation.

Il a estimé que cette arrivée est une distorsion de la concurrence et le résultat de la conférence ministérielle du mois dernier de Doha qui a lancé un nouveau cycle de libéralisation des échanges mondiaux.

S’interrogeant sur la légalité de l’importation de ce blé en France, le responsable a expliqué que le but de la manifestation n’était pas d’empêcher le déchargement du bateau.

« Notre but est d’attirer l’attention. Si nous avions voulu empêcher le déchargement, nous aurions pu utiliser une autre stratégie », a-t-il dit.

Inhabituel en France

Le responsable de la capitainerie de Lorient a confirmé que le déchargement du Georgios K avait bien commencé mardi à 6h00 et qu’il durerait jusqu’au 6 décembre.

La France est le premier producteur et exportateur de blé de l’Union européenne. Situation tout à fait inhabituelle, elle doit, cette année, augmenter ses importations de blé après la chute de 15% de sa production annuelle.

Il s’agit de la première importation en France de blé ukrainien, avait précisé la semaine dernière un porte-parole de l’Office des céréales (Onic) à l’annonce de l’arrivée du bateau.

Le Gouessant, coopérative bretonne d’aliments pour le bétail, a été la première entreprise française à se servir de l’avantage concédé le mois dernier par l’Union européenne qui a supprimé une surtaxe qui frappait jusqu’alors les importations de céréales en provenance d’Europe de l’Est.

Très controversée, la mesure avait engendré de vives protestations en France et dans d’autres Etats membres.

« L’arrivée de blé ukrainien concrétise cette volonté de la Commission de privilégier coûte que coûte les intérêts des utilisateurs de céréales, alors que, pourtant, le revenu des exploitations spécialisées en céréales a fortement baissé », note l’AGPB dans un communiqué.

Mais Jean-Yves Cornec, directeur général du Gouessant, s’est défendu, en tant qu’utilisateur, de bénéficier d’un traitement spécial.

En partance pour Lorient, pour aller expliquer de vive voix aux producteurs sa position, il a souligné que son secteur d’activité avait déjà eu à subir les conséquences de la libéralisation des échanges communautaires.

A la suite de mesures européennes, la France importera 300 000 tonnes supplémentaires de volailles cette année, a-t-il dit précisant que cela réduirait de 2,4 millions tonnes la demande en aliments pour le bétail.

« Ce que les céréaliers commencent à craindre, nous en souffrons déjà depuis plusieurs années », a-t-il dit par téléphone à Reuters.

Source : Reuters

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