France : les viticulteurs veulent détruire 2,5 millions d’hectolitres

Paris (France), 26 janvier 2005 – Les viticulteurs ont demandé au gouvernement l’autorisation de détruire 2,5 millions d’hectolitres de vin, dont la moitié de bordeaux, pour éliminer les excédents, a déclaré un responsable de l’Office interprofessionnel du vin.

Les 144.000 viticulteurs de l’Hexagone redoutent une aggravation de la crise face à la progression de la récolte de vins AOC à 26 millions d’hectolitres en 2004, sur une production totale de près de 60 millions d’hectolitres.

Parallèlement, les exportations sont prévues en recul de 4,5% en volume et la consommation intérieure devrait baisser de 3% par rapport à la saison dernière.

Une réunion de crise est prévue lundi et le ministre de l’Agriculture Dominique Bussereau devrait annoncer un plan de relance pour la filière française, a dit à Reuters Denis Verdier, président de l’Onivins.

« Ce sera l’occasion de définir une stratégie d’urgence pour que la filière puisse rebondir. Il faut nettoyer les stocks en France et aussi en Europe afin de remettre les compteurs à zéro », a-t-il ajouté.

Les professionnels réclament en priorité la mise en place d’un dispositif européen de distillation qui soit élargi aux excédents espagnols et italiens.

Une fois le vin distillé, l’alcool obtenu par évaporation est utilisé soit pour des alcools de bouche (brandy), soit recyclé dans l’industrie pharmaceutique. Il peut être également utilisé comme carburant.

« C’est la première fois qu’une demande de distillation d’une telle ampleur est formulée par les professionnels d’AOC », a souligné Denis Verdier. Pour lui, il s’agit de mettre en place « un véritable plan de relance du marché français » face à la concurrence des vins chiliens, australiens et argentins.

« Une affaire européenne »
Mercredi, Dominique Bussereau a refusé de se prononcer sur une éventuelle destruction de la surproduction, précisant qu’il allait rencontrer dans les prochains jours les représentants de la filière pour étudier cette question.

« Il faut regarder, c’est une affaire européenne », a déclaré le ministre de l’Agriculture à la sortie du conseil des ministres.

Il a confirmé qu’il présenterait les mesures d’aide à la viticulture le 31 janvier, jour où sera également installé le « Conseil de la modération », instance de concertation destinée à donner son avis sur les actions de communication et de publicité collective sur le vin dans le cadre de la loi Evin récemment assouplie.

Le plan d’action, annoncé à la mi-décembre par le gouvernement, devrait comporter des aides à la trésorerie et prôner des mesures d’arrachage définitif de vignes.

L’interprofession réclame un plan d’arrachage de 10.000 hectares dans le bordelais, sur les 120.000 actuellement cultivés. « L’offre de bordeaux est trop abondante », a reconnu Denis Verdier, également patron de la Confédération des caves viticoles françaises.

La capitale mondiale du vin produit environ 7 millions d’hectolitres par an pour un débouché de 5,5 millions de consommateurs. « La crise touche tous les vins mais surtout les plus prestigieux comme les bordeaux et les bourgognes », a souligné Denis Verdier.

Les professionnels demandent aussi un dispositif de défiscalisation des investissements commerciaux affectés à la reconquête des parts de marchés étrangers.

Source : Reuters

Commentaires