Importations de boeuf brésilien : le Brésil sert un ultimatum au Canada

Ottawa (Ontario), 9 février 2001 – Le président brésilien Fernando Henrique Cardoso a menacé de déclencher une guerre commerciale contre le Canada si ce dernier ne lève pas d’ici trois semaines son interdiction d’importation sur le boeuf brésilien, officiellement motivée par des craintes concernant la maladie de la vache folle.

Le Canada a de son côté promis d’envoyer la semaine prochaine, tel que demandé par Brasilia, une équipe d’inspecteurs sanitaires chargée de déterminer si les procédures brésiliennes de traitement de la viande sont sécuritaires.

Dans l’affirmative, le Canada a promis de lever son interdiction d’importation, qui provoquerait des pertes d’environ un million$ US par semaine aux éleveurs brésiliens.

La décision imposée par le Canada le 3 février a provoqué cette semaine de vives réactions de colère, les autorités brésiliennes ayant fait remarquer que le cheptel bovin, le plus important au monde, n’avait jamais eu de cas de maladie de la vache folle.

Le Brésil soutient également que l’interdiction canadienne ne s’appuie pas sur des motifs scientifiques, mais qu’elle est liée à une dispute commerciale entre les deux pays sur des programmes de subventions versées à leurs constructeurs aéronautiques respectifs.

« Nous espérons que ce problème sera résolu d’ici 15 jours, trois semaines. Sinon, à la guerre comme à la guerre », a déclaré le président Cardoso dans une entrevue diffusée vendredi sur la chaîne brésilienne Globo.

Le Canada s’est dit vendredi prêt à lever l’interdiction s’il obtient l’assurance que le boeuf brésilien est exempt de risque de contamination par la maladie de la vache folle.

« Une équipe canadienne de l’agence d’inspection des aliments sera au Brésil la semaine prochaine afin de vérifier si les procédures d’inspection et de surveillance sont capables d’assurer que la viande est sécuritaire », a déclaré vendredi le ministre canadien de l’Agriculture, Lyle Vanclief.

« Si c’est le cas, nous reprendrons les échanges commerciaux immédiatement », a-t-il dit.

Des relations tendues

Le Brésil a informé jeudi l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qu’il demandera au Canada de le dédommager pour les torts économiques causés par l’interdiction canadienne, et a menacé de se retirer des discussions sur la création du Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) si le Canada ne revenait pas sur sa décision.

Le gouvernement brésilien a également menacé de représailles les compagnies canadiennes oeuvrant au Brésil, comme Nortel Networks, Bell Canada International et Télésystèmes Mobile International (TIW).

Les relations entre le Canada et le Brésil souffrent déjà d’une longue querelle au sujet des subventions à l’industrie aéronautique, et l’interdiction touchant le boeuf semble avoir touché une fibre nationaliste fort sensible.

La situation est d’autant plus complexe que les partenaires du Canada dans le traité de libre-échange nord-américain (Alena), les Etats-Unis et le Mexique, ont emboîté le pas en refusant les importations de boeuf brésiliens. Du coup, les quatre plus grandes puissances économiques des Amériques se sont trouvé mêlées à l’affaire.

Le Brésil exporte chaque année 82,5 millions$ US de boeuf transformé aux Etats-Unis, et 5,5 millions$ US au Canada. Même s’il s’est joint à l’interdiction, le Mexique n’importe pas du tout de boeuf en provenance du Brésil.

Les politiciens brésiliens ont souligné que le Canada avait bien plus à perdre que le Brésil en cas de guerre commerciale car les exportations canadiennes vers le Brésil sont supérieures de 500 millions$ US aux exportations brésiliennes vers le Canada.

Pas seulement une question diplomatique ?
Selon les analystes de la firme de consultants brésiliens Goes, la querelle entre les deux pays « s’éloigne d’une simple question de relations diplomatiques et est en voie de devenir un sujet pertinent dans l’actualité politique brésilienne ».

« Les éléments sont en place pour que le gouvernement brésilien adopte un ton plus nationaliste », ont-ils noté.

Le fait que le Canada a imposé son interdiction le lendemain d’une victoire brésilienne devant l’OMC dans l’affaire des subventions à l’industrie aéronautique a également éveillé des soupçons quant à la pureté des intentions canadiennes.

Ottawa a reconnu que le moment était « malheureux », mais le ministre canadien des Affaires étrangères, John Manley, a soutenu que la décision reposait purement sur des questions sanitaires.

Lorsqu’un journaliste lui a demandé s’il croyait que les relations entre le Canada et le Brésil se détérioraient, il a répondu: « Je ne crois pas, c’est une question commerciale. »

Ottawa dit avoir interdit le boeuf brésilien parce que le Brésil n’a pas fourni à plusieurs reprises les documents nécessaires pour prouver que son cheptel était à l’abri de la maladie de la vache folle.

Des scientifiques à l’emploi du gouvernement canadien ont par ailleurs jeté de l’huile sur le feu vendredi en affirmant au quotidien torontois The Globe and Mail que l’interdiction d’importation était davantage motivée par des intérêts politiques que sanitaires.

L’un des experts de Santé Canada a déclaré sous le couvert de l’anonymat que le boeuf brésilien « ne pose aucun danger connu » et que le gouvernement avait décrété l’interdiction sans même consulter ses propres scientifiques.

Source : Reuters

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA)

http://www.cfia-acia.agr.ca/

Agriculture Canada

http://Aceis.AGR.CA/

Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international

http://www.dfait-maeci.gc.ca/

Commentaires