Jospin promet aux agriculteurs un « langage de vérité »

Paris (France), 25 février 2002 – Lors de sa dernière visite au Salon de l’agriculture en tant que Premier ministre, Lionel Jospin promet, à moins de deux mois de l’élection présidentielle, de défendre les intérêts des agriculteurs tout en leur tenant un « langage de vérité ».

Le président Jacques Chirac, qui sera son principal adversaire, avait ouvert la veille ce salon, où il avait passé cinq heures.

Record presque égalé par Lionel Jospin, qui a sillonné près de quatre heures et demie durant les allées du parc des expositions de la Porte de Versailles… sans son ministre de l’Agriculture, Jean Glavany, qui quitte le gouvernement pour devenir son directeur de campagne.

« Je suis venu ici comme Premier ministre, invité comme tel », a-t-il dit à la presse. Mais le candidat n’était pas loin et a eu cette phrase sibylline: « De toute façon, le moment où je n’aurai plus d’activité officielle (…) est très proche ».

« L’agriculture (…) ne peut pas obéir aux règles du libéralisme. Cela doit s’organiser », a estimé Lionel Jospin, qui a promis de défendre les intérêts des agriculteurs français sur la scène internationale comme dans le cadre de l’élargissement de l’Union européenne.

« Naturellement, nous allons défendre la politique agricole commune européenne mais il faut le faire sur une position qui ne nous isole pas », a-t-il dit. « Il faut essayer de dégager une orientation qui défende bien nos intérêts mais peut être rejointe par un nombre suffisant de pays. »

« Sinon, si on se laisse marginaliser sur des positions irréalistes, dont j’ai entendu certaines, je ne suis pas sûr que ça sera bon pour les agriculteurs », a-t-il averti. « Moi, je tiendrai aux agriculteurs (…) un langage de vérité. »

Lionel Jospin s’y est efforcé lors d’un dialogue avec José Bové, porte-parole de la Confédération paysanne et figure de proue du mouvement anti-mondialisation, qui l’a invité à prendre position contre les organismes génétiquement modifiés.

« Je ne veux pas que l’on tourne le dos au progrès scientifique et je veux éviter des risques pour la santé, pour l’alimentation ou mettre des paysans dans la dépendance de très grands groupes », a-t-il dit. « Donc je ne dis pas je suis contre les OGM en général, pour les OGM en général. Il faut regarder et nous avons besoin de l’aide des scientifiques. »

Partage « plus équitable »

Le Premier ministre a dénoncé les destructions de semis expérimentaux par des amis de José Bové mais promis également de « résister » aux « pressions américaines dans ce domaine comme dans d’autres ».

Plus tôt, il avait fait la leçon à un représentant des restaurateurs, qui font la grève de la TVA pour exiger une baisse du taux de 19,6 à 5,5% pour leur activité.

« C’est un mouvement que je désapprouve fortement », a-t-il dit. « Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas poser le problème de la TVA (…) Mais respectez les règles de votre pays. »

Lionel Jospin s’était aussi entretenu auparavant avec des dirigeants de la FNSEA, dont son nouveau président, Jean-Michel Lemétayer. Il a notamment défendu l’idée d’un partage « plus équitable » des revenus de l’agriculture entre producteurs, transformateurs et grande distribution.

Il s’est longtemps attardé dans le secteur des éleveurs de bovins, particulièrement touchés ces dernières années par les crises de la « vache folle » et de la fièvre aphteuse. Il a défendu sa politique face à ces crises, soulignant qu’il fallait « de la maîtrise dans le rapport à l’opinion » publique.

Il estimera un peu plus tard avoir noté « des signes d’espoir » par rapport au salon de l’agriculture de 2001, même si « les problèmes structurels subsistent ».

Il s’est fait photographier près de bêtes de concours dont il a tapoté la tête, s’est enhardi à saisir un agneau ou prendre un poussin, a bu un verre de lait et goûté des produits du terroir. Il a serré de multiples mains, signé des autographes, embrassé une fillette sur les deux joues, prêté une attention souriante aux visiteurs qui lui souhaitaient bonne chance pour les élections ou fait la sourde oreille à ceux qui affichaient une opinion hostile.

Il a cependant ri quand une femme d’une soixantaine d’années à la mise en plis impeccable lui a glissé: « Je vous serre la main mais je ne voterai pas pour vous. »

Jean-Michel Lemétayer, dont le syndicat est réputé pour ses sympathies chiraquiennes, s’est montré diplomate.

« La discussion avec le Premier ministre est de même nature qu’avec le chef de l’Etat », a-t-il dit. « La FNSEA ne donne pas de consigne de vote. Les agriculteurs jugeront sur l’action des uns et des autres et les orientations qu’ils ont envie de donner à la politique agricole. »

Source : Reuters

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