La Bastille transformée en marché aux fruits à “prix vérité”

Paris (France), 18 août 2005 – Des dizaines de Parisiens se sont précipités jeudi dernier dès 08H00 place de la Bastille pour acheter pommes de terre, tomates ou brugnons vendus à « prix vérité » par le syndicat agricole Modef, qui entendait alerter sur les difficultés des producteurs et dénoncer la grande distribution.

« Je travaille sur les marchés et aujourd’hui c’est moins cher que d’habitude », reconnaît Adrien, un jeune Parisien de retour de vacances, repartant avec sa cagette de brugnons et ses sacs de melons.

« Nous sommes venus avec deux semi-remorques complets de fruits et légumes, environ 50 tonnes, de pommes de terre, de tomates, des melons, des pêches et des brugnons, de la salade et des prunes », explique Raymond Girardi, secrétaire général du Modef (Mouvement des exploitants agricoles familiaux), un syndicat proche du PCF.

« On veut faire la démonstration de vérité des prix, avec le prix rémunérateur pour le producteur, le transport et la marge normale pour la grande distribution », poursuit-il.

Ainsi, 5 kilos de pommes de terre partent à 4 euros, 6 kg de tomates pour 8 euros, 3 melons à 5 euros, 5 kg de pêches/brugnon pour 8 euros, 2 salades à 1 euro et 6 kilos de prunes à 6 euros.

« Ce sont des produits d’une fraîcheur extrême, avec 2 jours de cueillette maximum, alors que les produits de la grande distribution ont jusqu’à 3 semaines de frigo », affirme M. Girardi.

« La qualité est mieux, vu que les fruits n’ont pas été triturés dans tous les sens », abonde Françoise, parisienne « originaire de la campagne ». Avec son amie Daisy, elles entassent les cagettes et les sacs dégorgeant de victuailles.

« Il faut bien les aider ces paysans, un jour on n’en aura plus », poursuit-t-elle.

Mais c’est surtout « pour profiter de l’aubaine » que beaucoup sont venus, à l’instar de Guillaume et Guy. « C’est vrai que pour trente euros on a pas mal de choses ».

« On vend un kilo de tomates à 1,35 euro, tandis que la grande distribution vend le même produit de 2 à 3 euros », affirme M. Girardi.

Cette dernière est aussi accusée d’avoir recours « aux importations abusives de tous les coins du monde », avec de la « poire d’été qui arrive du Chili ». Poire chilienne qui ne trouve aucune grâce aux yeux de Françoise « avec tout ce temps de transport ».

« C’est une opération pour aller au contact des consommateurs de la part des producteurs, et faire que les deux soient associés pour sauver la production », martèle le syndicaliste.

« Aujourd’hui 50% des producteurs de fruits et légumes sont en situation de graves difficultés, et si des mesures ne sont pas prises, dans 5 ans, la production sera en voie de disparition », poursuit-il.

Stigmatisant la « responsabilité » du gouvernement, il évoque les mesures nécessaires dont « la mise en place d’un calendrier d’importation », l’instauration « d’un coefficient multiplicateur qui réduit la marge de la grande distribution ».

Ces mesures « impliqueraient une remise en cause de la libre-concurrence », précise M. Girardi.

Devant le stand est déployé un grand calicot du PCF et pratiquement tous les organisateurs arborent des autocollants rouges et jaunes du parti. « On a été aidés par l’association des élus communistes et républicains de Paris ».

Vers 11H00, nombre de Parisiens arrivaient encore à la Bastille avec des cabas vides. Mais à l’exception de quelques pommes de terre, « tout était parti, c’est un succès », affirme M. Girardi.

Source : AFP

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