La Chine envisage l’abolition complète de la taxe agricole

Pékin (Chine), 25 décembre 2005 – Le parlement chinois a annoncé son intention d’abolir la taxe agricole dans un contexte d’agitation sociale s’expliquant par le fossé grandissant entre riches et pauvres, qui pousse les autorités à vouloir enrayer la stagnation des revenus agricoles.

Le développement économique de la Chine s’accompagne d’un accroissement des inégalités de revenus, selon Liu Jibin, membre du Congrès national populaire, le parlement chinois.

« Le fossé entre agriculture et industrie, et entre les villes et les campagnes, se creuse, et les problèmes ruraux continuent à limiter le développement économique et social de la Chine », a-t-il dit, selon une dépêche publiée dimanche par l’agence Chine nouvelle.

Le parlement remet rarement en question la politique menée par le Parti communiste, mais il joue un rôle important dans l’élaboration et le perfectionnement des lois.

Son Comité permanent – cercle restreint de ses responsables les plus influents – a entamé samedi une session de cinq jours consacrée à la taxe agricole et à une modification éventuelle du Code pénal chinois, ainsi qu’au renforcement de la protection des travailleurs chinois face aux dérives esclavagistes de certains employeurs.

Un fardeau injuste
En 2004, le Premier ministre chinois Wen Jiabao avait promis d’abolir graduellement, sur cinq ans, la taxe agricole. Depuis, 28 des 31 provinces et régions de Chine l’ont abolie, et son élimination à l’échelle nationale prendra effet début 2006, rapporte Chine nouvelle.

La taxe n’a permis de collecter que 1,5 milliard de yuans cette année, et elle ne représentait que 1% des revenus fiscaux de la Chine en 2005, a déclaré Liu. « Abolir la taxe agricole ne va pas réduire de manière considérable les revenus du gouvernement », a-t-il souligné.

Cette taxe, introduite en 1958, est critiquée depuis longtemps par les agriculteurs et les experts du secteur, qui y voient un fardeau injuste. Les agriculteurs doivent s’en acquitter quel que soit le revenu qu’ils tirent de leurs activités.

La taxe ne représente plus à présent qu’une petite fraction des revenus des agriculteurs.

Mais au vu de la chute des prix des céréales en 2005 et de l’inefficacité apparente des efforts du gouvernement visant à augmenter les revenus des agriculteurs, ce geste a une forte valeur symbolique, explique Qin Hui, expert des questions rurales à l’université Tsinghua de Pékin.

« Cela montre à quel point le gouvernement central prend au sérieux les problèmes ruraux », a déclaré Qin au sujet de l’abolition de la taxe.

Un écart difficile à combler
Il souligne toutefois que supprimer cette dernière alors que l’Etat s’endette de plus en plus et que croît la demande de la population pour les services publics pourrait aggraver les difficultés financières des services officiels dans les zones rurales, ce qui pourrait pousser les responsables locaux à instaurer d’autres taxes pour renflouer leurs caisses.

Des conseillers du gouvernement chinois ont récemment mis en garde ce dernier quant au mécontentement suscité par la stagnation des revenus agricoles, qui s’est traduit par une série de manifestations dans les zones rurales, notamment à Dongzhou, dans la province de Guangdong (Sud).

Le revenu moyen des agriculteurs pourrait croître d’environ 5,8% en 2005, a déclaré mercredi Li Peilin, sociologue à l’Académie chinoise des sciences sociales, qui officie comme conseillère auprès du gouvernement.

Li estime que les revenus des citadins sont environ six fois plus élevés, en moyenne, que ceux des habitants des campagnes, si l’on prend en compte la prise en charge médicale dont seuls les habitants des villes bénéficient.

L’an dernier, les quelque 760 millions d’habitants des campagnes chinoises ont gagné en moyenne 2.936 yuans par personne, mais ce chiffre cache d’importantes disparités.

Malgré les efforts déployés par le gouvernement pour relever les revenus des paysans, l’écart va être difficile à combler, estime Li, selon un rapport publié sur le site internet officiel du gouvernement.

Selon elle, « de nombreux facteurs nouveaux continuent à aggraver les disparités de revenus », dont l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce en 2001, qui l’a contrainte à réduire ses droits de douane sur les importations de produits agricoles.

Source : Reuters

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