La filière céréalière prend les devants de la qualité

Paris (France), 20 février 2001 – Jusqu’ici épargnée par les crises alimentaires, la filière française céréalière préfère prendre les devants pour ne pas avoir à être montrée du doigt et s’engage à son tour dans l’assurance qualité.

Initiées par l’Institut de recherches technologiques agro-alimentaires des céréales (IRTARC) en association avec l’Institut des céréales et fourrages (ITCF), les premières chartes de production ont été officiellement lancées au salon du machinisme agricole (SIMA) qui se tient à Villepinte en même temps que le salon de l’agriculture de la Porte de Versailles.

Après trois ans de réflexion et une année de test, en 2000, les versions définitives pour le blé tendre, le blé dur et l’orge de brasserie ont ouvert le feu d’une démarche qualitative devenue incontournable.

La version pour le maïs est en cours de finalisation.

« Le consommateur ne veut plus qu’on lui cache tout ou partie du mode de production », a dit à Reuters Jack Massé, responsable du département recherche et développement à l’ITCF.

« L’agriculture raisonnée et la traçabilité sont deux bons moyens d’être mieux reconnu », a-t-il ajouté.

Les chartes de production définissent étape par étape les bonnes pratiques de cultures des céréales en relation avec les exigences des marchés et le respect de la réglementation et de l’environnement. L’agriculteur, par l’intermédiaire d’une entreprise qui peut-être sa coopérative par exemple, s’engage au respect, parcelle par parcelle, de la liste contenue dans la charte.

« C’est un contrat de confiance entre les producteurs et la société. Un contrat qui repose sur une garantie de moyens décrits et vérifiables à tout moment par quiconque », a résumé Nathalie Verjux également de l’ITCF.

Deux outils de reconnaissance vont compléter le dispositif.

D’une part la publication annuelle, en juin, par l’IRTAC et l’ITCF d’une liste officielle des entreprises adhérentes. D’autre part, le droit pour le producteur d’utiliser la marque déposée « Céréales de France », preuve que la production a satisfait à un certain nombre d’exigences et d’objectifs.

Pour Jack Massé, les chartes de production ne sont pas concurrentes mais complémentaires des autres démarches existantes.

« La qualification des exploitations type Quali’Terre ou la future qualification ‘Agriculture raisonnée’ est basée sur une approche globale de l’exploitation. Elles n’abordent pas dans le détail la conduite de chacune des productions. Les chartes de production apportent cette dimension spécifique tournée vers le produit ».

Jusqu’à présent réservée aux productions haut de gamme comme les aliments pour bébé ou certains pains artisanaux, la culture raisonnée et tracée de céréales devrait voir sa demande croître rapidement.

Gilles Fouquin, responsable développement orge au sein des Malteries Soufflet, attend des chartes de production qu’elles permettent de répondre aux nouvelles exigences des ses clients, les brasseurs.

« Depuis deux ans la pression de nos clients en matière de sécurité alimentaire est de plus en plus forte. Or, lorsque l’on sait que dans une simple bouteille de bière, on peut trouver la production de 500 céréaliculteurs, la notion de traçabilité physique n’a que peu de valeur. On ne veut ne pas tracer grain à grain, on veut un engagement des agriculteurs sur leurs pratiques culturales et les chartes de production s’inscrivent dans cette logique », explique-t-il.

Mais l’engagement de respecter des normes de production sera-t-il plus rémunérateur pour le producteur?

Chritian Rousseau, président de l’Union de coopératives Nouricia (Aube), agriculteur lui-même et précurseur des chartes de production céréales, se veut réaliste.

« Je ne pense pas que les céréaliculteurs pourront systématiquement mieux vendre leurs productions grâce à des chartes mais je suis certain qu’ils pourront mieux sécuriser leurs débouchés ».

« Plus qu’un gain commercial, il faut compter sur le développement d’une image qualitative qui donnera accès à tous les marchés. La pénalité sera pour ceux qui n’y auront pas adhéré ».

Reste que les chartes ne font pas toujours correspondre les attentes du consommateur avec les contraintes des producteurs. Sur les questions sensibles comme l’irrigation, l’élimination des bidons usagés ou encore les boues d’épuration, seules des recommandations sont prescrites.

Source : Reuters

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