L’ALENA encensé officiellement, critiqué par les secteurs fragilisés

Mexico (Mexique), 31 décembre 2003 – L’Accord de libre-échange de l’Amérique du Nord (ALENA), ayant uni il y a dix ans les économies des Etats-Unis, du Canada et du Mexique, considéré officiellement comme un succès, fait l’objet de vives critiques des secteurs économiques ayant été fragilisés par le libre commerce.

Considéré par Washington comme « un succès fabuleux pour les Etats-Unis et leurs partenaires », qualifié de « porte d’entrée au premier monde » par l’ex-président mexicain Carlos Salinas de Gortari, le traité de l’ALENA, signé le 1er janvier 1994, est surtout vilipendé par les petits exploitants agricoles mexicains et plusieurs secteurs industriels américains.

« Ces dix ans d’ALENA ont entraîné la mort de l’agriculture et des activités paysannes du Mexique », accuse Victor Suarez, dirigeant de l’Association nationale des entreprises commercialisant les produits de la campagne (ANEC).

« Le Traité a contraint 2,5 millions d’agriculteurs mexicains à émigrer vers les villes, où ils ne trouvent pas de travail », souligne-t-il.

La pénétration américaine sur le marché mexicain du maïs, l’un des composants traditionnels de l’alimentation mexicaine avec les haricots, a été écrasante, non seulement en raison de la meilleure productivité américaine (supérieure de 3,5 fois à celle du Mexique), mais aussi des subventions américaines à l’agriculture.

Selon des estimations, le maïs américain arrive sur le marché mexicain à un prix inférieur de 30% à la production nationale.

La balance commerciale agricole entre Mexico et ses deux partenaires de l’ALENA est cependant positive pour le Mexique. L’excédent commercial a été de 2,4 milliards de dollars en 2002, grâce aux exportations mexicaines de fruits et de légumes vers les Etats-Unis, qui ont augmenté de 82% depuis 1993.

Selon les opposants américains au traité, celui-ci s’est soldé par la suppression de quelque 766.000 emplois aux Etats-Unis, principalement dans les secteurs industriels comme la confection, l’électronique et l’automobile.

Plus d’un demi-million de salariés américains ont dû être reconvertis. Ils étaient employés par des entreprises qui ont décidé de transférer leur production au Mexique ou au Canada, ou ont fermé leurs portes, incapables d’affronter la concurrence mexicaine et ses bas salaires, explique Sarah Anderson, de l’Institut d’études politiques de Washington.

Au niveau de l’agriculture, « les bénéfices de l’ALENA ont favorisé en priorité les grands producteurs » et ont « eu un impact négatif sur les petits exploitants agricoles américains », selon un groupe de travail latino-américain.

La libéralisation commerciale a par ailleurs influé sur l’augmentation du Produit intérieur brut (PIB) per capita dans les trois pays, mais elle n’a pas entraîné la libre circulation de la main-d’oeuvre, ni même du transport entre le Mexique et les Etats-Unis, souhaités par Mexico.

Au Mexique, l’augmentation du PIB n’a profité qu’aux 10% les plus riches de la population, selon le rapport d’une Commission sur le travail.

« Les salaires réels de la majorité des Mexicains sont aujourd’hui plus bas qu’au moment de l’entrée en vigueur de l’ALENA », indique une étude récente du Carnegie Endowment for Peace de New York, qui souligne la responsabilité dans cette baisse de la dévaluation du peso mexicain en 1994.

Cette étude indique également que l’ALENA n’a pas diminué le « flux vers les Etats-Unis des Mexicains pauvres à la recherche de travail ». Leur nombre est estimé à entre 320.000 et plus 400.000 personnes par an.

Le Mexique a jusqu’à présent vainement tenté de négocier un accord migratoire avec son partenaire américain, qui étendrait les bénéfices de l’ALENA au secteur de l’emploi.

« Nous ne pouvons pas appliquer un traité de libre commerce si nous ne reconnaissons pas que les deux marchés du travail, au Mexique et aux Etats-Unis, sont complémentaires », a souligné récemment le ministre mexicain des Affaires étrangères, Luis Ernesto Dérbez.

Selon le département américain du Commerce, les échanges entre les trois pays partenaires de l’ALENA ont plus que doublé en dix ans, passant de 306 milliards à 621 mds de dollars.

Source : AFP

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