Le Cognac biologique parie sur le marché européen

Cognac (France), 15 octobre 2004 – Le cognac biologique, que produisent quelques fabricants pionniers de Charente et Charente-Maritime, mise sur l’Europe et notamment sur les nouveaux pays ayant intégré l’Union pour s’ancrer dans un marché encore fragile.

Les ventes des spiritueux issus de la viticulture biologique « devraient progresser en volume d’ici deux à trois ans », espère Patrick Léger, directeur de L & L, la seule société de négoce à commercialiser des cognacs sous le label « AB » (Agriculture biologique).

Comme le cognac en général, exporté à 94,5%, selon le Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC), cette production séduit surtout à l’étranger.

Sur le territoire national, la demande en alcool « bio » reste confidentielle. A l’exception des magasins spécialisés ou des épiceries fines, peu de distributeurs proposent le spiritueux frappé du logo vert, avec un prix supérieur de 20 à 30% à celui d’un produit conventionnel.

Aussi, c’est vers l’Europe que se tournent les 80 viticulteurs « bio » répartis sur 900 ha, soit 1,2% du vignoble de cognac. Certains, une trentaine, livrent leurs vins à la société L & L. D’autres, une vingtaine de producteurs selon l’association professionnelle Viti-bio, vendent en direct leur propre cognac lors de foires « bio » en France, en Allemagne et en Belgique. D’autres, enfin, alimentent en vins « bio » – au tarif normal – des sociétés de négoce conventionnelles.

« Nous devons trouver d’autres débouchés, prospecter les nouveaux marchés européens », reconnaît Charles Leroux, viticulteur à Saint-Eugène (Charente-Maritime) et président de Viti-bio.

Car en France, « ces cognacs sont appréciés des connaisseurs mais ne se vendent pas en grande quantité », comme le note la responsable du rayon alcools d’un magasin Biocoop.

Ici, comme à l’étranger, trouver un créneau alors que les spiritueux peuvent heurter l’éthique des consommateurs « bio » est un pari difficile. Aussi, « moins le produit est alcoolisé, et plus son potentiel est important sur le marché biologique », explique Patrick Léger.

La distillerie professionnelle L & L qu’il dirige s’est lancée en 1998 dans la fabrication de cognac et de pineau biologique. Ses bouteilles, au packaging recyclable, partent notamment vers l’Angleterre, la Belgique, l’Allemagne ou la Scandinavie: des zones traditionnellement amatrices de cognac et sensibilisées à la protection de l’environnement.

« Nous croyons en l’avenir des produits naturels », explique M. Léger, sans minimiser les contraintes de ce marché de niche.

L’élaboration d’une gamme de cognacs, bios ou pas, exige du temps et des stocks d’eaux-de-vie de tous âges.

Avec 180 000 bouteilles de cognac et 15.000 bouteilles de pineau « bio » produites annuellement, en plus des cognacs et pineau conventionnels, des cocktails et de la bière au cognac, L & L évalue à 25% la part « naturelle » de son activité.

Un des pionniers du « cognac bio », la famille Brard-Blanchard, qui revendique trente ans d’expérience à Boutiers-Saint-Trojan (Charente), produit chaque année entre 5 et 10.000 bouteilles de cognac, 20.000 de pineau et 30.000 de vin de pays.

Son expérience lui vaut d’écouler les deux tiers de sa production en France et d’être référencée dans les magasins Biocoop. Le dernier tiers est commercialisé en Allemagne. « Le marché américain est trop gros. L’Europe, à notre mesure, est beaucoup plus intéressante. Nous progressons régulièrement », précise l’exploitant.

Le président de Viti-bio, lui, reste persuadé qu’il faut « provoquer la demande ». Selon lui, cultiver en « bio », c’est protéger « la nature et sa santé » et « rien ne le ferait revenir en arrière. »

Source : AFP

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