L’ère est aux sous-produits

Quels sont les ingrédients qui composent la moulée de vos animaux? On est loin de la traditionnelle recette maïs et tourteau de soya. La liste d’ingrédients peut être beaucoup plus longue. En voici quelques-uns : blé, orge, drêche de distillerie, fin et gros gluten de maïs, gru de blé, son de blé, tourteau de canola, farine de viande, farine de boulangerie, etc. La liste peut encore s’allonger.

Outre, le maïs, le blé et l’orge, tous les ingrédients principaux sont des sous-produits, même le tourteau de soya qui provient de l’extraction de l’huile de soya. Ils sont utilisés pour leurs propriétés, comme leur teneur en énergie, en protéines ou en fibres, ou leur capacité liante. Certains facteurs limitent leur incorporation, comme les toxines, le goût ou encore l’effet sur la viande. Et, bien entendu, les animaux n’ont pas tous les mêmes besoins.

Les spécialistes en alimentation animale, qu’on appelle à tort des nutritionnistes, peuvent substituer un ingrédient par un autre en fonction de la disponibilité et surtout du prix de ce dernier. Ils créent ce qu’on appelle une recette à moindre coût. Selon les besoins des animaux, les spécificités des grains et sous-produits et leur prix, un logiciel propose une recette que les spécialistes en alimentation valident ou modifient selon leurs connaissances.

C’est le prix du maïs, comme source d’énergie, et celui du tourteau de soya, comme source de protéines, qui déterminent le prix d’un substitut. Si le prix du maïs grimpe, celui de son remplaçant risque de monter aussi. « Ce n’est pas parce que c’est un sous-produit que ça n’a pas de valeur, spécifie le consultant en sous-produits Ben Boumejjane. Tous les sous-produits sont intéressants à la condition qu’ils rencontrent des standards de qualité et de nutrition. Il faut savoir d’où ils viennent, comment on les transforme et où ils vont. »

« Les ingrédients alternatifs sont tous intéressants, renchérit la spécialiste en alimentation de la volaille chez Agri-Marché, Karine Valiquette. Il s’agit de savoir ce que l’on vise et ce qu’ils offrent. » Si le prix du maïs grimpe par rapport au sous-produit, les spécialistes en alimentation voudront mettre davantage de ce sous-produit. Sentant la demande plus forte, le fournisseur augmentera son prix, surtout si sa production est limitée.

C’est le cas notamment de la farine de pain et de biscuit. « Nous avons de la difficulté à augmenter la quantité, explique la spécialiste en alimentation des porcs chez Agri-Marché, Emmanuelle Lewis. Quand son prix devient intéressant, c’est difficile d’en acheter plus. » D’un côté, le fournisseur est limité dans sa production et les autres fournisseurs ont déjà leurs clients. C’est pourquoi un important fabricant de moulées comme Agri-Marché conserve ses relations d’affaires avec ses fournisseurs, même lorsque le prix est moins intéressant. Pour s’assurer d’un prix et d’un approvisionnement, le meunier négocie une quantité et un prix pour plusieurs mois, ce qui bénéficie aux deux parties, mais limite l’entrée de nouveaux joueurs.

Apprenez-en plus sur les produits alternatifs dans les articles L’ère est aux sous-produits et Plus que du maïs et du soya, dans le dossier alimentation du Bulletin des agriculteurs d’octobre 2012.

À lire aussi :

L’utilisation judicieuse des ingrédients alternatifs en alimentation porcine : une bonne façon de réduire ses coûts d’alimentation, conférence par Nicolas Lafond, spécialiste en alimentation des porcs chez Aliments Breton, présentée à l’Expo-Congrès du porc du Québec 2009.

A Guide to Distiller’s Dried Grains with Solubles, 3e édition, USGC.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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