Les commerçants de grains en difficulté

Après 20 jours de blocus ferroviaire, les appels à une intervention se font de plus en plus pressants à mesure que les impacts se font durement sentir d’un bout à l’autre du pays, ainsi qu’à tous les maillons de la chaine d’approvisionnement.

Mathieu Bourdet, directeur des opérations chez Ceresco, a témoigné des difficultés que pose l’interruption du transport ferroviaire. La société qui achète, conditionne et exporte du soya non OGM à consommation humaine est frappée de plein fouet, elle qui exporte 90% de son soya par conteneur maritime. Ses deux routes principales d’affaires transigent soit par le port de Vancouver ou celui de Montréal. En plus des problèmes à livrer dans l’Ouest, les conteneurs qui reviennent habituellement vides et qui servent au transport vers l’Est sont aussi bloqués. Ceresco doit jouer des pieds et des mains pour trouver des conteneurs libres pour livrer en Europe. Les délais de livraison s’accumulent, ainsi que les retards. Et c’est sans parler du problème de congestion du Port de Montréal où les bateaux continuent de décharger leur contenu. « Après deux semaines, les impacts commencent à être visibles ».

Le commerçant de grains fait face à des frais imprévus qui risquent encore d’augmenter si le blocus perdure. Un plan a été échafaudé pour stocker le surplus de grains traités, dans le cas d’un arrêt prolongé, afin de continuer de faire rouler l’usine. Au-delà d’un délai de deux à trois semaines, Ceresco pourrait être obligé de suspendre ses activités, un scénario qu’elle veut à tout prix éviter.

D’autres inquiétudes exprimées

Marcel Groleau, président de l’UPA, s’est joint mardi à la conférence de presse de la Fédération canadienne de l’agriculture pour exprimer ses inquiétudes et parler des impacts possibles pour le secteur agricole. « On surveille la situation de près, mais si ça perdure, les conséquences seront très graves pour les producteurs. Chaque jour de plus nous rapproche d’une crise », a écrit sur Twitter le président.

La Western Grain Elevator Association a estimé les coûts journaliers du conflit à 9 M$. Ces coûts sont liés aux pénalités engendrées par les délais à respecter les contrats et la perte de productivité.

Mathieu Bourdet ajoute qu’en plus des frais additionnels, le conflit nuit à l’image de marque du Canada. « On est tous logés à la même enseigne au Canada, mais on fait face à la concurrence des États-Unis qui ont les moyens de fournir en soya. (…) Pour nos clients qui ont un flux tendu, les retards risquent d’être un gros irritant et ils pourraient décider de se tourner vers les États-Unis. »

Vendredi dernier, Sean Finn, vice-président exécutif du CN, a déclaré que cela prendrait deux à trois semaines à la société pour régulariser ses opérations dans l’Ouest canadien, en autant que les conditions météorologiques coopèrent. La fin du conflit en Ontario lui permettrait de rattraper son retard en trois à quatre semaines. Selon M. Finn, l’Ouest canadien avait perdu 35% de sa capacité. Le transit des céréales a diminué d’environ 200 000 tonnes par rapport à l’année dernière.

Le CP et le CN auraient d’ailleurs décidé de partager leurs voies ferrées pour permettre de transporter une partie des marchandises.

Un virus difficile pour les affaires

Le secteur agricole pourrait avoir à traverser une autre crise avec le virus COVID-19. Le coronavirus affecte en effet les activités de Ceresco. La société achète une partie de ses emballages en Chine. La quarantaine, l’arrêt des activités et le ralentissement dans l’acheminement des marchandises compliquent l’accès à certaines fournitures, ce qui est le cas du commerçant de grains. Il a dû se tourner vers d’autres ressources qui ont causé des frais imprévus. Le ralentissement du transport par bateau de la Chine a aussi signifié une hausse des prix pour exporter vers le pays qui est un important port d’entrée pour le reste de l’Asie. « On risque de voir des conséquences jusqu’à cet été du ralentissement de la production de biens en Chine et la machine sera difficile à repartir ».

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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