Les Européens évaluent les risques d’extension de la grippe aviaire

Bruxelles (Belgique), 25 août 2005 – Les experts sanitaires de l’Union européenne se sont réunis à Bruxelles pour évaluer les risques d’extension aux 25 pays membres de la grippe aviaire apparue récemment en Russie, qui a poussé les Pays-Bas à prendre la décision radicale d’enfermer toutes leurs volailles.

Aucune décision n’était attendue de cette rencontre. Celle-ci pourrait néanmoins déboucher sur de nouvelles « recommandations sur les moyens d’accroître la surveillance » de la maladie à l’échelle communautaire, a-t-on indiqué à la Commission européenne.

Le choix des autorités de La Haye, motivé par le lourd tribut payé par les éleveurs néerlandais lors de précédentes épidémies de grippe aviaire non transmissible à l’homme, est loin de faire l’unanimité auprès de leurs partenaires de l’UE.

La plupart jugent difficile de généraliser l’enfermement de tous les poulets d’élevage.

Derrière l’aspect purement sanitaire, la question se double d’un enjeu économique: les volailles de plein air sont généralement créditées d’une meilleure qualité et d’un label « agriculture biologique », dont ne bénéficient pas celles élevées en batteries.

Sans exclure pour l’avenir de nouvelles mesures de précaution, la Commission s’est efforcée ces derniers jours de relativiser les risques d’arrivée chez les 25 du virus H5N1, transmissible à l’homme, détecté en Russie.

L’UE n’importe pas de volailles russes et Bruxelles, qui a interdit le 12 août toute importation d’oiseaux ou de plumes en provenance de ce pays ou du Kazakhstan voisin, juge que ce dispositif assure « une protection suffisante » dans l’immédiat.

« Pour nous, pour le moment, les mesures qui sont en vigueur sont les bonnes », soulignait lundi Philip Tod, porte-parole du commissaire à la Santé et la Protection des consommateurs Markos Kyprianou, en rappelant qu’il revenait par ailleurs aux 25 « de surveiller les oiseaux sauvages sur leur territoire ».

A l’appui de sa position, l’exécutif communautaire avance notamment pour argument que l’Australie et la Nouvelle-Zélande n’ont enregistré aucun cas de maladie, alors qu’elles accueillent les oiseaux en fin de migration venant de Sibérie et surtout d’Asie du sud-est, la zone la plus affectée.

Depuis 2003, 61 personnes sont décédées dans le sous-continent asiatique à cause du virus de la grippe aviaire.

Les analyses des spécialistes de l’environnement et l’évolution de la situation en Russie semblent jusqu’à présent justifier le refus de Bruxelles de céder à tout « alarmisme ».

La Ligue française pour la protection des oiseaux (LPO) a ainsi jugé mercredi qu’il y avait « très peu de risques » que des oiseaux sauvages concernés par les foyers de grippe aviaire « rejoignent les pays d’Europe occidentale » dans les semaines et mois à venir.

« Les oiseaux migrateurs d’Asie centrale et orientale (foyers de la maladie) migrent vers le sud (Moyen-Orient), vers l’Inde, la Thaïlande par exemple, et non pas vers l’Europe », a-t-elle souligné.

La LPO a toutefois mis l’accent sur la nécessité d’une surveillance des volatiles « en provenance des animaleries et oiselleries (espèces exotiques) », avec une lutte active contre tout trafic, « ainsi que des élevages d’animaux domestiques de toute sorte, dont le gibier ».

En Russie, où aucune personne n’a contracté la grippe, les autorités ont pour leur part annoncé mardi la levée de la quarantaine dans 12 villages où des foyers avaient été détectés. Selon un responsable des services sanitaires russes, l’épidémie est sous contrôle et se stabilise rapidement.

Transporté par des oiseaux migrateurs, le virus s’est répandu de Sibérie jusqu’en Kalmoukie. En touchant cette région méridionale riveraine de la mer Caspienne, c’était la première fois que le H5N1 se propageait à la partie européenne de la Russie, séparée de la Sibérie par la chaîne de l’Oural.

Source : AFP

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