Les grosses exploitations agricoles menaceraient la qualité de l’eau

Saskatoon (Saskatchewan), 6 mai 2001 – Si les Canadiens veulent stopper la baisse de qualité de leurs sources d’eau potable, il faut qu’ils commencent à considérer les grandes exploitations agricoles moins comme des fermes que comme de véritables usines, affirme un scientifique du gouvernement fédéral.

John Lawrence, qui dirige l’Institut national de recherche sur l’eau, affirme aussi que le Canada a besoin de normes nationales de qualité de l’eau applicables également à toutes les régions du pays.

Les directives en vertu desquelles les pratiques agricoles se développent ont été conçues sur la base de fermes à petite échelle. Ce n’est plus approprié, croit-il. Nous devons commencer à les traiter comme des usines de transformation industrielle plutôt que comme des fermes, a-t-il déclaré dimanche, la veille du jour où il doit prononcer une allocution à une conférence nationale sur l’eau potable à Saskatoon.

La conférence a lieu alors que la ville de North Battleford, à 90 minutes de route, est justement aux prises avec un problème de contamination de l’eau par le parasite cryptosporidium qui a rendu des dizaines de personnes malades et pourrait avoir causé trois décès. Le cryptosporidium se retrouve couramment dans les matières fécales humaines et animales.

M. Lawrence compare le stade actuel des connaissances sur les grandes fermes industrielles – qui peuvent produire autant de matières fécales qu’une petite ville – à la compréhension que les gens avaient de l’impact des usines de pâte et papier sur l’environnement, il y a 10 ans.

Peu de recherches ont été menées au Canada pour tenter d’évaluer l’impact sur la santé publique de la contamination de l’eau potable. Mais le Centre pour le contrôle de la maladie d’Atlanta, aux Etats-Unis, a effectué au cours des années 1990 des études qui tendent à démontrer que des virus présents dans l’eau potable et provoquant de la diarrhée et d’autres problèmes gastriques contribuent aux décès de plusieurs centaines de bébés et de quelque 1500 personnes âgées par année, aux Etats-Unis.

Les communautés rurales, qui ont moins d’argent, moins de personnel et où l’agriculture est plus répandue, sont les plus menacées, note M. Lawrence.

Les communautés autochtones sont encore plus vulnérables. L’Assemblée des premières nations signalait que 79 communautés autochtones, soit 12 pour cent du total, ont une eau potable que le ministère fédéral de la Santé qualifie de “potentiellement dangereuse”. Cette proportion pourrait même être plus élevée, selon l’Assemblée.

Aux dires de M. Lawrence, ce qui pourrait le plus améliorer la qualité de l’eau potable au Canada serait l’imposition de normes nationales, et leur application uniforme. A l’heure actuelle, si Santé Canada fixe des lignes directrices pour la sécurité de l’approvisionnement en eau potable, toutes les provinces ne les appliquent pas.

M. Lawrence a ajouté qu’en dépit des craintes suscitées par les épidémies de Walkerton, en Ontario, et North Battleford, en Saskatchewan, l’eau potable dans les grands centres du pays – où vivent la majeure partie des Canadiens – est bonne.

Source : Presse Canadienne

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Institut national de recherche sur l’eau

http://www.cciw.ca

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