Les producteurs réclament un prix juste et équitable pour leurs bovins de réforme

Longueuil (Québec), 14 janvier 2004 – « Alors que le seul acheteur d’importance de vaches de réforme dans l’Est du Canada évolue, depuis le 20 mai dernier, dans un contexte de quasi-monopole et qu’il dicte littéralement les conditions de marché, les producteurs ne reçoivent qu’un prix dérisoire pour leurs bovins de réforme. Nous dénonçons cette situation qui permet à l’abattoir d’enregistrer d’énormes profits sur le dos des producteurs et des consommateurs canadiens et demandons à la Régie d’intervenir dans le dossier. »

Voilà en substance le message qu’ont livré MM. Michel Dessureault, président de la Fédération des producteurs de bovins du Québec (FPBQ), Jean Grégoire, président de la Fédération des producteurs de lait du Québec (FPLQ) et Laurent Pellerin, président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), lors d’un point de presse, organisé en marge de l’audience que tenait la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec dans le dossier mettant en cause la Fédération des producteurs de bovins du Québec et Produits de viande Levinoff ltée.

Pour le président de la FPBQ, M. Michel Dessureault, « si nous réclamons l’intervention de la Régie, c’est que l’acheteur a profité indûment de la situation entourant la crise de l’ESB pour accroître considérablement sa marge bénéficiaire. Les producteurs de bovins de réforme ont perdu plus de 28 millions de dollars en vendant à un acheteur qui accumule des profits records, c’est scandaleux ! »

La FPBQ réclame donc l’intervention de la Régie, en vertu des pouvoirs qui lui sont conférés par la loi, afin d’encadrer un processus exceptionnel d’arbitrage accéléré avec l’acheteur Levinoff, dans le but de décréter un prix juste et raisonnable aux producteurs pour un volume préétabli de bovins de réforme du Québec. La proposition de la Fédération vise à mettre en place, à court terme, des règles claires qui ne bouleversent pas le système de mise en marché mais assurent un juste prix aux producteurs et une mise en marché ordonnée. Pour ce faire, la Fédération propose à la Régie l’établissement d’un prix plancher pour les bovins de réforme, prix basé sur une formule tenant compte des principaux indicateurs de marché.

M. Jean Grégoire, président de la FPLQ a rappelé aux régisseurs l’effet dévastateur de la crise sur le revenu familial des producteurs laitiers : « Les producteurs de lait subissent une baisse de 25 % de leur revenu net, ce qui les place dans une situation intenable ».

Lors des audiences, le président de la FPBQ, M. Michel Dessureault, a démontré la situation de quasi-monopole que détient Produits de viande Levinoff ltée, qui achète, rappelons-le, environ 90 % des vaches de réforme québécoises. Il a également révélé l’envergure de l’écart entre le prix des vaches de réforme payé aux producteurs et le prix de marché du boeuf désossé canadien, qui sert historiquement d’indicateur de marché. « Même lorsqu’on tient compte des coûts additionnels absorbés par l’abattoir en raison de la crise de l’ESB, rien n’explique l’énorme marge bénéficiaire que l’on observe », a déclaré M. Dessureault.

« L’Union des producteurs agricoles (UPA) appuie entièrement la demande d’enquête de la Fédération des producteurs de bovins, a pour sa part ajouté le président de l’UPA, M. Laurent Pellerin. Il y aurait même lieu de l’élargir, a-t-il souligné, à l’ensemble des produits agricoles et sur le rôle des intermédiaires, compte tenu de la faible part qui revient aux producteurs dans le prix de ces denrées. Plus souvent qu’autrement, les agriculteurs produisent à perte, et il leur faut compter sur des revenus complémentaires pour s’assurer de recouvrer leurs coûts de production ».

La découverte d’un cas de vache folle en Alberta, le 20 mai dernier, a entraîné la fermeture immédiate des frontières à l’exportation et mené le secteur bovin dans une crise sans précédent. L’embargo demeure total pour les bovins de réforme (bovins âgés de plus de 30 mois). Le prix des vaches de réforme a chuté de plus de 70 %. Alors qu’en temps normal, un producteur reçoit en moyenne 715 $ pour un bovin de réforme, il n’en obtient encore actuellement que 195 $, un manque à gagner de plus de 520 $ pour chaque bovin vendu.

Rappelons que les bovins de réforme sont des animaux qui, à la fin de leur carrière comme vache laitière ou reproducteur, sont envoyés à l’abattoir et dont la viande est transformée principalement en boeuf haché. On compte annuellement plus de 100 000 vaches de réforme au Québec, principalement issues du cheptel laitier.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Fédération des producteurs de bovins du Québec (FPBQ)
http://www.bovin.qc.ca/

Fédération des producteurs de lait du Québec
http://www.lait.org

Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec (RMAAQ)
http://www.rmaaq.gouv.qc.ca/

Union des producteurs agricoles (UPA)
http://www.upa.qc.ca/

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