Maïs inégal : un diagnostic

Certains champs sont impeccables, d’autres sont frappants par la grande différence de hauteur des plants de maïs qui y poussent. Qu’est-ce qui provoque ces inégalités? Le Bulletin.com a consulté l’agronome Pascal Larose, conseiller spécialisé en soya et maïs à La Coop fédérée.

Émergence inégale
Le premier facteur est une émergence inégale, en raison d’une période de semis particulièrement sèche.

Le maïs semé jusqu’au 6 mai a connu une émergence réussie et promet de très bons rendements, observe Pascal Larose.

Par la suite, c’est moins drôle : certaines graines ont touché la fraîche et bien germé, d’autres ont dû attendre jusqu’à une semaine pour obtenir suffisamment d’humidité. Au cours de la deuxième semaine de cette grande fenêtre pour semer au début mai, l’humidité devenait moins uniforme dans le champ, explique Pascal Larose.

De plus, le sol était très sec et certains producteurs ont quand même donné deux bons coups de vibro, ce qui l’a asséché encore plus. « Le deuxième coup de vibro était peut-être de trop, déplore-t-il. Les producteurs ont une méthode de travail bien établie et souvent ils ne l’ajustent pas (en fonction de conditions de sol particulières). »

Les pieds dans l’eau

Après la sécheresse, il y a eu l’excès d’eau. Sur des sections de terres mal égouttées, les plants à peine émergés et leurs graines ont pu être attaqués par des maladies fongiques, qui aiment bien le temps froid et humide.

En juin, quand les racines ont été formées, celles-ci sont restées asphyxiées dans l’eau pendant plusieurs jours et n’ont pas pu se développer adéquatement. Cela a donné des plants jaunes ou verts pâles, sous-développés à côté de plants en parfaite croissance.

« Quand l’eau redescend, la quantité d’air dans le sol redevient normale, explique Pascal Larose. Les racines se remettent à fonctionner, mais il y a nécessairement un retard de croissance. »

Dommage par le gel
Le troisième facteur qui a pu affecter le maïs est le gel du 14 mai. « Le gel frappe de façon très inégale, constate Pascal Larose. Souvent, ce sont des courants d’air qui descendent au niveau du sol et des corridors sont touchés. Des plants meurent et d’autres passent au travers. »

Peu de maïs est mort de ce gel, mais tout le maïs qui en a souffert a accumulé un retard de croissance.

Et la récolte?
Tous ces facteurs, qui provoquent un retard de croissance, se traduisent nécessairement par un rendement moindre, soutient Pascal Larose.

Dans le sud du Québec et autour de Montréal, le maïs a déjà sorti ses croix. Sachant qu’il faut 60 jours après la sortie des croix pour atteindre la maturité (point noir), il n’y a pas à s’inquiéter pour la qualité à la récolte, même si les rendements seront très inégaux.

Pascal Larose se dit cependant préoccupé pour le maïs-grain des régions plus froides, qui accuse un retard de croissance et qui risque de ne pas disposer de 60 jours après la sortie des croix pour arriver à pleine maturité. « Du Centre-du-Québec vers l’est, la maturité pourrait être problématique, dit-il. Dans la région de Québec, il pourrait y avoir très peu de maïs-grain cette année. »

La morale de l’histoire? « Si vous avez des sols en santé, bien structurés et qui gèrent bien l’eau, vous aurez toujours une récolte intéressante année après année. Les écarts de rendement seront bien moins grands. »

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