Malgré l’accord OMC, la libéralisation reste semée d’embûches

Genève (Suisse), 1 août 2004 – L’Organisation mondiale du commerce (OMC) a vu sa crédibilité restaurée par l’accord commercial conclu in extremis le week-end dernier, qui vient relancer les négociations du cycle de Doha, mais plusieurs responsables ont reconnu que le chemin vers une libéralisation effective des échanges restait semé d’embûches.

« Le système multilatéral d’échange est en vie après une période de doute », a déclaré le commissaire européen au Commerce Pascal Lamy.

L’engagement européen d’éliminer à terme les subventions à l’exportation pour l’agriculture de l’UE, l’un des principaux points de blocage des négociations, a contribué à la signature de l’accord dans la nuit de samedi à dimanche.

Les négociations peuvent désormais se poursuivre, et le texte de l’accord signé entre les 147 pays membres de l’OMC fixe plusieurs caps pour les discussions à venir. Un nouveau désaccord après l’échec de Cancun, en septembre dernier, aurait pu être fatal au cycle actuel de pourparlers sur la libéralisation du commerce mondial, lancé fin 2001.

La Banque mondiale estime qu’une telle refonte du système permettrait de sortir plusieurs centaines de millions d’habitants de la pauvreté et d’injecter plusieurs milliards de dollars dans une économie internationale qui reste fragile.

« J’avais dis à Cancun que (le système multilatéral) était en soins intensifs (…) aujourd’hui, non seulement nous sommes sortis de l’hôpital, mais nous sommes aussi en pleine forme », a ajouté Lamy à la presse.

Des zones de flou demeurent
Le cycle de Doha devait être bouclé d’ici la fin 2004, mais au fil du temps, rares sont ceux qui croyaient que les délais pourraient être tenus.

Après l’accord-cadre de ce week-end, Lamy a estimé que les négociations pourraient maintenant s’achever d’ici la réunion ministérielle de décembre 2005 à Hong-Kong.

Si les analystes et les organisations professionnelles se sont félicités du compromis de Genève, ils mettent aussi en garde contre le flou qui entoure plusieurs points d’un accord qui repousse dans le temps, selon eux, certaines des décisions les plus difficiles.

« Il est clair, à partir des ambiguïtés, que des décisions importantes et difficiles ont été différées », souligne le National Foreign Trade Council, un lobby américain des milieux d’affaires, dans un communiqué.

L’organisation caritative britannique Oxfam, qui défend les intérêts des pays pauvres, n’est pas convaincue pour sa part que l’accord rapproche les négociateurs de l’objectif principal supposé, la défense du développement.

« Les négociations durent depuis trois ans, et pourtant les résultats de cette rencontre sont en-deçà de ce qui est requis pour réformer les règles du commerce mondial, a déclaré Céline Charveriat, responsable d’Oxfam à Genève.

Outre le déblocage du dossier agricole, l’accord fixe d’autres principes similaires, mais dans des termes plus vagues, pour la libéralisation des échanges de biens industriels et de services, et donne le coup d’envoi des négociations en vue d’une harmonisation des pratiques douanières pour lutter contre l’excès de bureaucratie et la corruption.

« Aujourd’hui, le système multilatéral a remporté un petit succès », a déclaré le directeur général de l’OMC, Supachai Panitchpakdi. « Le grand succès aura lieu le jour où nous aurons réalisé l’Agenda de Doha pour le développement », a-t-il ajouté.

Source : Reuters

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