Moins de pesticides grâce à des méthodes innovatrices de lutte antiparasitaire

Ottawa (Ontario), 25 juillet 2002 – C’est l’éternel combat entre le bien et le mal ! D’un côté, des tonnes d’aliments frais et sains produits au Canada, de l’autre, des millions d’insectes voraces de toutes formes et de toutes tailles, le fléau des agriculteurs d’un océan à l’autre.

Les agriculteurs ne ménagent aucun effort dans le combat qu’ils
livrent pour réduire les dégâts causés par les ravageurs. Dans les années

1940, sont apparus les premiers insecticides chimiques devenus avec le
temps les pesticides améliorés et plus sûrs d’aujourd’hui. Ces produits
sont toutefois coûteux et risquent de nuire à l’environnement et de perdre
parfois leur efficacité étant donné que les ravageurs acquièrent avec le
temps une tolérance aux produits chimiques, phénomène appelé résistance
aux insecticides. Pour leur part, les consommateurs s’inquiètent de plus
en plus de leur utilisation en production alimentaire.

« Le défi consiste à rendre les agriculteurs moins tributaires des pesticides chimiques, affirme le Dr Gilles Boiteau, du Centre de recherches sur les pommes de terre d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) à Fredericton. Il faut trouver le juste équilibre entre la demande à la consommation d’aliments produits dans le respect de l’environnement
et l’assurance que les rendements resteront les mêmes ou s’amélioreront. »

Les travaux menés par le Dr Boiteau et d’autres chercheurs d’AAC
pourraient bientôt aboutir à l’adoption, par les agriculteurs, de méthodes
innovatrices de lutte contre les insectes voraces.

Le Dr Boiteau passe la majeure partie de son temps à mettre au point
des techniques respectueuses de l’environnement non traditionnelles contre
le doryphore de la pomme de terre, principal ennemi de cette culture.

En collaboration avec l’Université du Nouveau-Brunswick et
l’entreprise CADMI Microelectronics Inc. de Fredericton, le Dr Boiteau a
mis au point un système de poursuite radar qui analyse les déplacements
des doryphores. Une diode miniature contenue dans un fil est collée au
dos d’un insecte. Un radar envoie une micro-onde vers la diode et capte
au retour le ton harmonique de cette micro-onde. Les tons harmoniques
sont rares; il est donc facile de les déceler et ainsi de suivre les
déplacements des doryphores.

« Les données recueillies nous donneront de meilleures indications
sur leurs déplacements autant au sol qu’en vol et sur la façon dont ils se
déplacent et arrivent à destination, que ce soit par vol direct ou par vol
aléatoire. Nous espérons en tirer une image plus précise de ce qui se
passe réellement sur le terrain et pouvoir ainsi mieux comprendre la
répartition des doryphores. Nous pourrons ensuite limiter l’application
des insecticides à certaines surfaces du champ, au besoin. »

Ce dispositif ne comporte aucune pile; toute l’énergie provient du
radar. La diode est très légère et n’influe en rien sur le déplacement
naturel des doryphores. Le système s’est révélé efficace en chambres
d’essai et est mis à l’épreuve en plein champ cet été.

Les insectes utilisés par le Dr Boiteau dans son laboratoire ont été
en grande partie non perturbés par ses techniques de recherche discrètes;
il n’en a pas été de même lors des travaux menés au Centre de recherches
du Sud sur la phytoprotection et les aliments, qui ont probablement
mécontenté quelques insectes.

En effet, le Dr Mitch Trimble, du campus Vineland (Ontario) du
Centre, a utilisé une technique appelée « perturbation contrôlée de
l’accouplement à l’aide de phéromone ». La situation est simple : si les
insectes ne peuvent s’accoupler, ils ne pourront produire de rejeton. Qui
dit pas de rejetons dit pas de dégâts aux cultures.

Le Dr Trimble déclare que le secret consiste à modifier le
comportement du mâle.

« Nous répandons des sources de phéromone partout dans le champ à
une densité passablement élevée avant le premier vol du papillon mâle.
Les cultures deviennent alors submergées de phéromone synthétique.
Lorsque les papillons femelles arrivent dans les cultures, elles dégagent
une phéromone à laquelle les mâles ne répondent pas.

« Voici ce qui est susceptible de se produire : la dose de phéromone
d’appel (dégagée par la femelle) est tellement diluée dans la phéromone de
synthèse que la probabilité que le mâle trouve la femelle est grandement
réduite. Les mâles ont alors peu de chance de repérer les quelques
sources de phéromone naturelle dégagée par les femelles parmi le grand
nombre de sources de phéromone de synthèse. Ils risquent alors de prendre
les fausses sources de phéromone pour des vraies; il se peut aussi que
cette façon de procéder masque les pistes. »

Les recherches du Dr Trimble ont jusqu’ici permis de préparer deux
produits commerciaux à base de phéromone qui peuvent être utilisés pour
perturber la tondeuse de la vigne; un produit pour la pyrale et la
tordeuse orientale, les principaux insectes ravageurs des pommiers et des
pêchers, a aussi été mis au point.

Le chercheur affirme qu’il y a de nombreux avantages à utiliser des
produits perturbateurs de l’accouplement en lutte antiparasitaire.

« Ces produits peuvent servir à lutter contre la résistance des
ravageurs aux insecticides. Le nombre de produits chimiques efficaces
diminue et le coût des nouvelles substances va en augmentant. Nous ne
pouvons nous permettre que les ravageurs développent une résistance aux
insecticides. Ainsi, en utilisant des produits perturbant l’accouplement
à toutes les deux générations d’insectes, il est possible de réduire la
probabilité que le ravageur se dote d’une résistance à ces produits.

« La technologie est durable. Elle est respectueuse de
l’environnement, biodégradable et n’a aucune toxicité décelable. Par
ailleurs, elle présente un risque négligeable pour le préposé qui
l’applique. La toxicologie de la substance active est en cours d’examen
et le produit est réglementé par l’Agence de réglementation de la lutte
antiparasitaire. Il est également très spécifique, c’est-à-dire qu’il
n’influe que sur le comportement des insectes visés. Nous disposons ainsi
d’un autre outil efficace qui nous permet de ne pas compter seulement sur
les insecticides. Nous n’en faisons pas la promotion comme produit de
rechange, car dans certains cas, il est tellement efficace qu’on peut se
passer d’insecticide. »

Les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux, de concert
avec le secteur et tous les Canadiens, ont élaboré une nouvelle politique
agricole : le Cadre stratégique pour l’agriculture. Un des volets
principaux de la politique consiste à s’assurer que les agriculteurs
canadiens recourent à des pratiques agricoles saines et respectueuses de
l’environnement. Parmi ses autres aspects clés, citons la gestion des
risques, la salubrité et la qualité des aliments, le renouveau, la science
et l’innovation. La nouvelle politique vise à assurer que le Canada soit
reconnu pour ses aliments sains et innovateurs et produits dans le respect
de l’environnement.

Selon le Dr Boiteau, le fait de rendre les agriculteurs moins
tributaires des pesticides chimiques milite parfaitement en faveur du
volet environnemental de la politique.

« Il est bon pour l’environnement de réduire la consommation de
pesticides et ainsi d’apaiser les préoccupations croissantes des
consommateurs à l’égard de l’utilisation des produits chimiques en
production alimentaire, affirme-t-il. Plutôt que de miser seulement sur
les produits chimiques comme première ligne de défense contre les
ravageurs, nous pourrons peut-être un jour utiliser l’une de ces méthodes
en premier lieu et n’appliquer les produits chimiques qu’en dernier
recours. »

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Agriculture Canada

http://Aceis.AGR.CA/

Centre de recherches sur la pomme de terre de Fredericton

http://res2.agr.ca/fredericton/

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