Neonics : les producteurs ontariens ragent

Steve Denys, vice-président ventes et marketing chez Semences Pride

Steve Denys, vice-président ventes et marketing chez Semences Pride

Le gouvernement de l’Ontario a récemment annoncé des mesures concrètes pour réduire l’usage des néonicotinoïdes en grandes cultures. Les producteurs et toute l’industrie qui gravite autour d’eux ne s’en réjouissent pas.

Le sujet était sur toutes les lèvres la semaine dernière, alors que j’étais en reportage dans le sud-ouest de l’Ontario. Il suffisait de mentionner le mot « néonics » pour que les producteurs se vident le coeur.

Les personnes rencontrées doutent fortement du lien entre la mortalité des abeilles et l’usage des traitements de semences. La mortalité en Ontario aurait même chuté ces deux dernières années.

« Les gouvernements qui s’opposent aux néonicotinoïdes se fondent sur des études scientifiques dont la méthodologie a été largement critiquée dans la communauté scientifique », a confié Steve Denys, lui-même producteur et vice-président ventes et marketing chez Semences Pride.

Les producteurs ontariens qui souhaitent utiliser des néonicotinoïdes sur plus de 50 % de leurs superficies en 2016 devront faire la preuve que les ravageurs ciblés par ces insecticides sont bel et bien présents dans leurs sols.

Maïs dans une parcelle de Semences Pride près de Chatham, en Ontario, photographié le 24 juin 2015.

Maïs dans une parcelle de Semences Pride près de Chatham, en Ontario, photographié le 24 juin 2015.

À partir de l’an prochain (pour 2017), les producteurs devront soumettre les mêmes rapports de dépistage, peu importe le volume de semences traitées qu’ils souhaitent acheter.

Steve Denys croit que cette mesure se traduira éventuellement par un retour à des pulvérisations, potentiellement plus dommageables pour l’environnement qu’un enrobage de semence.

« Les néonics ne sont pas absorbés par la plante à un degré qui se transmet aux abeilles (par le pollen), affirme le dirigeant de Semences Pride. Partout où l’on cultive du canola (avec des traitements de semence), les populations d’abeilles montent. »

Steve Denys est même persuadé qu’il y a un lien entre l’usage généralisé des traitements de semence et la forte réduction d’éclosions de pucerons du soya. Les néonics sur la semence donneraient une chance aux populations de coccinelles de se développer, pour qu’elles contrôlent ensuite les populations de puceron.

L’agent de fluidité (Fluency Agent) de Bayer CropScience appliqué sur les semences, ainsi que l’usage de déflecteurs sur les semoirs pneumatiques, sont deux mesures qui contribueront à grandement réduire la diffusion des poussières et la contamination des abeilles, croit Steve Denys.

Commandes de semences

Semences Pride cultive toutes ses semences de maïs dans la région de Chatham. L’usine de préparation et d’emballage se trouve dans la communauté francophone de Pain Court.

Cette proximité de son marché procure à Pride une flexibilité quand vient le temps de préparer des lots de semences sans traitement.

Gérer la demande de semences non traitée demeure très difficile, peu importe avec qui on fait affaire, explique Steve Denys.

« Nous avons environ 50 variétés de maïs et seulement trois à quatre mois pour préparer toute la semence. Chaque fois qu’on change de variété ou de traitement, il faut tout arrêter et tout nettoyer, pour s’assurer que chaque semence dans le sac soit la bonne. »

C’est pour cela que Semences Pride a fixé au 1er novembre la date pour commander des semences sans traitement. « On ne peut tout simplement pas rester flexibles tout l’hiver, parce qu’on touche à chaque hybride seulement une ou deux fois. »

à propos de l'auteur

André Dumont's recent articles

Commentaires