Nouvelle vie pour le tabac

Ottawa (Ontario), 4 juin 2003 – Le tabac, produit nocif mais légal, pourrait être récupéré par la science. Les plants de tabac pourraient bientôt devenir de véritables petites usines biologiques capables de fabriquer des matières premières pour une multitude de produits de consommation.

La soie d’araignée est l’un des produits que l’on projette de fabriquer. Il s’agit d’une microfibre naturelle plus mince qu’un cheveu, mais qui serait trois à cinq fois plus résistante que l’acier et plus élastique que le Kevlar®, un matériau breveté utilisé dans la fabrication des gilets pare-balles et des canots. Un fil de l’épaisseur d’un crayon pourrait, dit-on, stopper un avion à réaction en plein vol.

En juin, un essai à petite échelle sera mené près de London (Ontario) afin de déterminer si les plants de tabac peuvent être génétiquement modifiés pour produire la protéine recombinante de soie d’araignée. Le fil de soie tissé qui forme le cadre de la toile d’araignée est le plus résistant.

Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) utilise des gènes hybrides développés par Nexia Biotechnologies de Montréal (Québec) pour mener des essais sur une parcelle protégée de moins de 200 mètres carrés.

Le Dr Jim Brandle, chercheur au Centre de recherches du Sud sur la phytoprotection et les aliments d’AAC, est à la tête du programme de recherche qui vise à insérer des gènes d’araignées dans les plants de tabac.

« Cette recherche offre au secteur agricole canadien une occasion unique de jouer un rôle clé dans la création d’une nouvelle industrie de biofibres de pointe, a mentionné le Dr Brandle. L’agriculture moléculaire consiste à faire appel à la biotechnologie pour transformer des plantes ordinaires en usines de fabrication de matières premières ayant une valeur scientifique, médicale ou industrielle.

Les matières non traditionnelles, comme la soie d’araignée, sont précieuses et doivent être produites à grande échelle par le secteur agricole pour répondre aux besoins des applications industrielles et militaires », a-t-il ajouté.

Les fibres et autres produits connexes sont un secteur clé où les experts d’AAC peuvent contribuer à produire des protéines de soie dans des végétaux en vue de fabriquer ces matériaux et où, parallèlement, ils peuvent acquérir des connaissances scientifiques sur la production de fibres recombinantes auprès de Nexia, entreprise bien connue dans ce domaine.

« Nexia produit déjà la soie d’araignée recombinante BioSteel® dans le lait de ses chèvres transgéniques et cherche toujours de nouvelles sources plus économiques pour produire de la soie d’araignée, a expliqué le Dr Jeffrey D. Turner, président et chef de la direction de Nexia Biotechnologies Inc. L’équipe du Dr Brandle est constituée de personnes hautement qualifiées menant des recherches d’avant-garde, ce qui permet à Nexia d’étudier des systèmes de production non traditionnels de concert avec des organismes fédéraux. »

Le milieu scientifique reconnaît que le tabac est une plante idéale pour la recherche transgénique visant à insérer les gènes d’un organisme dans un autre organisme. La contamination de l’approvisionnement alimentaire ne soulève aucune préoccupation, puisqu’il s’agit d’une culture non comestible. Comme le tabac ne résiste pas à l’hiver et qu’il existe très peu de plantes sauvages apparentées au Canada, les possibilités de croisement éloigné avec d’autres plantes sont peu probables.

Le tabac est une plante qui a été étudiée pendant de nombreuses années et qui est à la base d’un système de culture de plein champ utilisé en agriculture moléculaire. C’est une machine vivante bon marché pour la production de protéines lorsqu’on la compare aux systèmes traditionnels de production de cellules de bactéries et de mammifères axés sur la fermentation. AAC a validé le concept en produisant de petites quantités de protéines de soie d’araignée dans les feuilles de tabac. Cette technique environnementale élimine la possibilité de pollinisation croisée ou de croisement éloigné par dispersion des semences.

Pour éviter les risques de dissémination du pollen, les plantes sont récoltées 20 jours avant la floraison et ne peuvent ainsi produire du pollen ou des semences. De plus, les parcelles expérimentales sont entourées de zones tampons de 100 mètres de largeur composées d’espèces végétales non apparentées.

L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) approuve et régit ces expériences sur le terrain et elle détermine les protocoles appropriés pour la plantation, la culture et la récolte ainsi que pour la surveillance du site et la tenue de registres. L’ACIA a mis en place d’autres mesures de sécurité pour ces expériences; elle tiendra notamment secret le lieu exact de ces parcelles de recherche afin de protéger l’intégrité des expériences.

De plus, les chercheurs d’AAC doivent s’assurer que le matériel de récolte est nettoyé après usage et que les installations d’entreposage sont protégées.

Pour AAC, la science et l’innovation sont essentielles pour assurer un avenir prometteur et prospère au secteur agricole et agroalimentaire canadien. Conformément aux objectifs du Cadre stratégique pour l’agriculture, cette recherche conjointe avec Nexia est une étape qui permettra d’optimiser les possibilités sur le marché mondial grâce à des activités à valeur ajoutée et à la diversification.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA)
http://www.cfia-acia.agr.ca/

Agriculture Canada
http://Aceis.AGR.CA/

Centre de recherches du Sud sur la phytoprotection et les aliments
http://res.agr.ca/lond/pmrc/francais/pmrchome.html

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