OGM : prudente, l’AFSSA prône une évaluation risques/bénéfices

Paris (France), 26 juillet 2004 – A l’heure où les militants anti-OGM font valoir la légitimité d’opérations coup de poing contre des cultures transgéniques, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments apporte -très prudemment- sa contribution au débat, mettant en avant l’intérêt de s’interroger non seulement sur les risques mais aussi sur les bénéfices possibles, notamment pour la santé des consommateurs.

Chez les Verts, Jacques Maret, de la commission agriculture du monde rural, estime que le « compte-rendu » de l’AFSSA « est un pavé dans la mare, qui éclabousse plus les défenseurs que les détracteurs des OGM, en disant à tout le monde de clarifier ses positions ».

Le rapport récemment rendu public « dit qu’il y a pas de preuves ni positives, ni négatives, et demande à tout le monde de prouver ce qu’il dit », a-t-il expliqué lundi à l’Associated Press. « Il faut que les ‘obtenteurs’ de ces aliments chimiques puissent prouver leur innocuité. On n’a aucune analyse publiée qui prouve l’innocuité des OGM » et « il n’y a pas de raison que les OGM soient mis sur le marché sans la preuve de leur innocuité ».

Du côté des industriels, on juge chez Monsanto France que ce rapport « confirme d’autres études » et « appelle au moins à la recherche et à un débat serein ». « Nous avons toujours préconisé une approche scientifique au cas par cas et nous nous félicitons que cette approche soit adoptée par l’AFFSA », a ainsi déclaré à l’AP Sophie Babinet, responsable des relations médias.

« Nous avons aussi toujours défendu une approche bénéfices/risques, ce qui est le cas de ce rapport » et « au delà, les conclusions de l’AFSSA, pour un certain nombre de cas concrets, permettent de comprendre pourquoi les OGM ont eu autant de succès dans le monde », tels le coton Bt, résistant aux insectes.

La vice-présidente de l’UFC-Que choisir Sylvie Pradel, a pour sa part souligné la nécessité de donner des « garanties » aux consommateurs à travers « un étiquetage clair, fiable ». « Ce que nous voulons, c’est que le consommateur puisse continuer à acheter des produits sans OGM », a-t-elle expliqué sur Europe-1. « Il faut qu’on ait le choix, et que ce choix soit réalisé sans surcoût ».

Avec prudence, l’AFSSA fait état de l’existence de « données suggérant que les OGM considérés puissent apporter des bénéfices pour la santé humaine. Elle souligne aussi, dans le cas des OGM destinés à la consommation, qu’« à ce jour, aucun problème de santé, qu’il s’agisse de toxicité et d’allergénicité, n’a pu être spécifiquement attribué à un OGM mis sur le marché ».

Pour autant, note l’agence, « cela n’exclut pas qu’il puisse exister un risque », risque qui aujourd’hui « ne peut être ni précisément identifié, ni a fortiori quantifié ». Elle observe également que les éventuels bénéfices pour la santé ne doivent évidemment pas être « les seuls à prendre en compte dans la décision finale ».

Ainsi, pour les OGM de « deuxième génération » (conçus pour présenter un intérêt direct sur le plan nutritionnel ou en matière de prévention de pathologies), l’AFFSA préconise-t-elle de conduire, « au cas par cas, une évaluation des bénéfices pour la santé, directs ou indirects par le biais de la protection de l’environnement, en même temps qu’une évaluation des risques ».

Partant du constat qu’en matière de plants transgéniques, « seuls les risques sont mis en avant, sans que l’on s’interroge suffisamment sur les bénéfices », le comité d’experts spécialisé « Biotechnologie » de l’AFSSA a jugé bon d’analyser en détail quatre cas d’OGM « susceptibles d’apporter des bénéfices en matière de santé au regard des produits conventionnels ».

Si l’analyse « fait apparaître qu’il existe effectivement des données suggérant que les OGM considérés puissent apporter des bénéfices pour la santé humaine », « la quantification de ces bénéfices est difficile à réaliser, surtout pour les OGM de première génération, dont on n’a pas cherché à modifier la composition nutritionnelle », souligne l’AFSSA.

« Dans la plupart des cas, cette évaluation quantitative paraît très difficile, pour ne pas dire hors de portée », note prudemment l’agence en ajoutant cependant que les bénéfices, « contrairement aux dangers, sont identifiés ».

Source : AP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa)
http://www.afssa.fr

Monsanto
http://www.monsanto.com/

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