Ottawa pourrait lever l’embargo contre le boeuf brésilien

Ottawa (Ontario), 9 février 2001 – Devant la tempête soulevée par l’embargo canadien contre les produits de boeuf brésiliens, le ministre de l’Agriculture Lyle Vanclief a soutenu qu’il était prêt à réviser cette décision si la sécurité des importations brésiliennes était assurée.

« A l’heure actuelle, une délégation du Canada, des Etats-Unis et du Mexique est en train de revoir les documents d’information. Une mission d’inspecteurs des aliments du Canada se rendra au Brésil, la semaine prochaine, pour s’assurer que les produits de viande de ce pays sont sécuritaires, a fait valoir le ministre Vanclief. Si c’est le cas, nous rétablirons nos relations commerciales sur-le-champ. »

Attaqué de toutes parts aux Communes, le gouvernement de Jean Chrétien a enligné ses ministres pour défendre sa décision de décréter il y a une semaine un embargo contre les produits de boeuf du Brésil, soupçonnés d’être contaminés par la maladie de la vache folle.

Sur la foi d’informations parues dans le Globe and Mail, le Bloc québécois a accusé Ottawa d’avoir pris une décision purement politique qui risquait d’aggraver les tensions entre les deux pays et de « relancer une guerre commerciale » entre le Canada et l’Amérique latine en général.

Source de vives tensions, la société montréalaise Bombardier et son concurrent brésilien Embraer se disputent férocement les contrats de transporteurs régionaux. L’affaire, qui a rebondit devant l’Organisation mondiale du commerce, n’a pas finit de faire parler d’elle. Au Brésil, l’annonce de cet embargo canadien, a soulevé une véritable tempête d’indignation chez la population et la classe politique.

Tour à tour, le ministre de l’Agriculture et son collègue de l’Industrie, Brian Tobin ont clamé qu’il ne fallait pas y voir une décision commerciale mais au contraire, une décision liée à la sécurité des aliments et la santé des Canadiens.

« Je suis très impliqué dans le dossier de Bombardier de concert avec mon collègue du Commerce international, a précisé M. Tobin aux journalistes. J’avais zéro connaissance de cette affaire de boeuf avant d’en entendre parler aux nouvelles ». Il a ajouté que le cabinet n’avait jamais été saisi de cette affaire.

De son côté, le ministre Vanclief a précisé que le Canada avait attendu patiemment pendant deux ans avant de recevoir des informations sur les méthodes de suivi du Brésil à la suite de l’importation de bétail de l’Europe. En Europe, on a décelé plusieurs cas de la maladie de la vache folle qui peut être transmise aux humains.

Le Canada a décidé d’agir, a-t-il expliqué, à la suite de la publication d’un rapport de l’Onu, le 25 janvier, lequel avertissait que la maladie de la vache folle s’était étendue à l’extérieur des frontières de l’Europe.

Le Canada ne veut pas prendre de chances, a poursuivi le ministre car le Brésil a importé des bovins de l’Europe jusqu’en 1999.

Pour le député bloquiste de Sainte-Hyacinthe-Bagot, Yvan Loubier, le Canada a plutôt agit aveuglément.

« S’il y a un problème, qu’on nous démontre la preuve scientifique parce que dans l’état des relations entre le Canada et le Brésil, ça semble à quelque chose qui ressemble à des représailles. »

A l’appui, il s’en tient aux commentaires de deux scientifiques canadiens. Ceux-ci avançaient que cet embargo était une décision purement politique.

Le vétérinaire en chef de l’Agence d’inspection des aliments, Brian Evans, a toutefois été catégorique. C’est lui qui a pris la décision de proposer un embargo contre les produits de boeuf du Brésil.

Il a répété qu’aucun cas de la maladie de la vache folle n’avait été répertorié au Brésil. Par mesure de prudence, Ottawa cherche l’assurance toutefois, que les animaux importés de l’Europe au début des années 90 peuvent être identifiés et qu’aucun produit animal « ne contaminera la chaîne alimentaire » ou « pourrait éventuellement être utilisé dans des produits transformés destinés au Canada. »

A Santé Canada, une responsable, Diane Kirkpatrick a mis en doute la crédibilité de l’une des scientifiques de son ministère, Margaret Haydon. Elle avait soutenu qu’Ottawa n’avait aucun fondement scientifique pour décréter un embargo contre le boeuf brésilien.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA)

http://www.cfia-acia.agr.ca/

Agriculture Canada

http://Aceis.AGR.CA/

Santé Canada

http://www.hc-sc.gc.ca

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