Phoenix le petit veau a-t-il fait craquer Tony Blair ?

Londres (Grande-Bretagne), 27 avril 2001 – Un adorable petit veau devenu l’idole des media a-t-il à lui seul contraint le gouvernement britannique à changer sa politique d’abattage du bétail ? Downing Street le dément, mais la presse le suppute.

La saga autour de Phoenix a passionné la Grande-Bretagne pendant toute la semaine, le veau de 14 jours donnant un visage émouvant aux deux millions d’animaux abattus en deux mois au nom de la lutte contre la fièvre aphteuse.

Le bébé a survécu à l’abattage de tout un troupeau, blotti pendant cinq jours contre le cadavre de sa mère dans une ferme du Devon (sud-ouest).

De quoi faire fondre le coeur d’un pays d’amoureux des bêtes, et susciter la passion des médias. Mais cela a-t-il suffi à changer la politique du gouvernement ?

Une bonne partie de la presse britannique en était persuadée vendredi, liant l’émoi public autour de Phoenix à l’annonce impromptue par Downing Street, tard mercredi soir, d’un relâchement de sa politique d’abattage massif.

Les animaux a priori sains vivant à proximité d’une ferme infectée ne seront plus systématiquement tués et Phoenix « aura la vie sauve », avait alors proclamé un porte-parole du Premier ministre Tony Blair.

« En quelques heures, la stratégie britannique de lutte contre la fièvre aphteuse a été inversée, et l’abattage obligatoire est soudain devenu sélectif », relevait vendredi le Daily Mail (droite).

La hantise d’une image désastreuse, celle du sang sur la blanche toison de Phoenix, aurait donc pesé davantage que les arguments des éleveurs réclamant depuis des semaines une modération des abattages au nom de leur survie économique.

Le gouvernement nie farouchement avoir — comme cela lui est régulièrement reproché — été davantage préoccupé par l’image que par la substance du dossier.

« La politique du gouvernement n’est pas dictée par le sort d’un seul animal », s’est défendu le ministre de l’Agriculture Nick Brown.

Downing Street a fait état de toute une série de réunions tenues depuis vendredi dernier, comme preuve que la nouvelle politique était étudiée de longue date et fondée sur des critères scientifiques, à commencer par l’essouflement de l’épidémie.

Mais il semble bien que Phoenix ait au moins poussé le gouvernement à précipiter l’annonce de la décision, au prix d’une confusion certaine. Nick Brown a reconnu mercredi ne pas être informé de la grâce accordée au petit veau, le soir même où Downing Street en faisait état.

La nouvelle est tombée fort opportunément quatorze minutes avant les grands journaux télévisés du soir, les députés n’étant pour leur part officiellement informés que le lendemain.

Le quotidien populaire de gauche Mirror, qui s’apprêtait à lancer une campagne nationale pour sauver Phoenix, a changé sa une en toute hâte pour voir finalement dans la survie du veau « le symbole de l’espoir pour tous ceux touchés par la crise » (de la fièvre aphteuse).

D’où le soupçon émis depuis par l’opposition conservatrice : Phoenix doit la vie sauve au maître de la communication de Downing Street, Alastair Campbell, qui a compris tout la valeur politique de la blancheur immaculée du veau.

Mais Phoenix, c’est déjà du passé, et le Times titrait vendredi sur Porky, un porc ventru domestique de dix ans que ses propriétaires, retraités écossais, refusent à leur tour de laisser abattre. L’animal, 114 kilos, a le poil raide et noir et l’air buté. « Je ne suis peut-être pas aussi mignon, Tony, mais que vais-je devenir ? » interroge l’animal à la une du quotidien.

Source : AFP

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