Plaidoyer pour la gestion de l’offre

Le professeur Maurice Doyon du Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l’Université Laval croit que la gestion de l’offre est une force pour le secteur laitier, à la condition qu’elle soit supportée par les producteurs laitiers.

Il tire cette conclusion à la suite de l’analyse de l’impact du prix du lait, des accords commerciaux et des tendances de consommation. Maurice Doyon présentait ses constatations lors d’une conférence intitulée La gestion de l’offre dans un environnement d’affaires en mouvance : Force ou faiblesse? lors du Rendez-vous laitier AQINAC tenu le 29 mars 2017 à Drummondville.

Prix du lait changeant

Le prix du lait bouge beaucoup actuellement en raison de l’impact du lait diafiltré, mais surtout en raison des changements des cours mondiaux. Ces deux causes créent des fluctuations au Canada, mais jamais avec autant d’amplitude qu’aux États-Unis.

Le principal attrait du lait diafiltré est qu’il peut être utilisé comme une matière protéique de lait et donc exempté des tarifs lorsqu’en provenance des États-Unis. Pour solutionner la question, une stratégie nationale a été mise en place en 2016 et sera en force en 2017, dans laquelle une classe 7 a été créée. Cela devrait stimuler les volumes, davantage que les prix.

Les prix mondiaux sont affectés par divers facteurs, mais le plus important est l’influence de la Chine. Il s’agit du pays où la croissance de la demande de produits laitiers est la plus forte actuellement à l’échelle de la planète. Chaque année, 20 millions de Chinois accèdent à la classe moyenne. Ceci se répercute dans leurs choix de consommation, dont celui de l’achat de produits laitiers. Or, la hausse de la demande excède la capacité du pays à y répondre.

Accords commerciaux

Du côté de l’Asie, la fin du Partenariat transpacifique (PTP) devrait découler en la reprise des discussions sur une entente avec le Japon, interrompue en 2014 avec le début des discussions entourant le PTP.

Malgré les intentions de la nouvelle administration américaine concernant la fin de l’Accord de libre échange nord-américain (ALÉNA), ça ne devrait pas changer beaucoup de choses pour le Canada. Les Américains ciblent davantage le déficit commercial qu’ils vivent avec le Mexique. Mais risqueront-ils vraiment de se mettre à dos deux de leurs trois principaux partenaires commerciaux dans le domaine agricole (Chine, Canada, Mexique)? Le secteur agricole américain n’est pas très favorable à cela.

L’arrivée de davantage de fromages européens suite à l’Accord économique et commercial global (AÉCG) entre le Canada et l’Union européenne devrait inciter le secteur laitier québécois à développer de nouveaux marchés, en plus de nous fournir un financement potentiel.

La rente de 100 millions de dollars par année devrait être attribuée aux gens qui souffriront le plus de l’entrée des fromages européens. « Les fromagers ne vendront pas plus de fromages dans leurs commerces », explique Maurice Doyon. Certains fromages québécois seront donc moins présents dans les réfrigérateurs des fromagers.

Il pense que cette entrée d’argent est une occasion de développer de nouveaux marchés, tels la ville de New York, ou encore l’Ouest canadien. « Même si on ne va chercher que 1% du marché new-yorkais, ce serait génial », dit-il.

Tendances de consommation

Parmi les tendances de consommation, Maurice Doyon cite l’empreinte carbone, le remplacement des protéines animales et le bien-être animal.

Gestion de l’offre

Selon Maurice Doyon, les économistes qui évaluent de façon favorable la fin de la gestion de l’offre sont dans l’erreur. « La réalité, c’est que le marché a besoin d’un coup de main », dit-il. Les producteurs laitiers ne réagissent pas à la loi de l’offre et la demande. C’est lié à la nature même de l’agriculture. « Le producteur résiste aux baisses de prix puisqu’il maximise son utilité et non pas uniquement ses profits », dit-il.

La preuve, c’est que les producteurs américains produisent davantage lorsque les prix baissent. Il en découle une surproduction. « Le producteur va arrêter quand la banque va lui dire : “C’est fini mon chum!“ »

Maurice Doyon croit en la nécessité d’une coordination horizontale et verticale telle qu’offerte au Canada par la gestion de l’offre. « De par sa capacité à réduire les fluctuations, sa capacité à coordonner l’offre horizontalement et verticalement, sa capacité structurante et de mobilisation, dans un environnement en mouvance, la gestion de l’offre est une force », croit-il.

Il fixe cependant des conditions, dont la plus importante : qu’elle soit supportée par les producteurs laitiers. D’autant plus que les cours mondiaux du lait s’annoncent fermes dans les prochaines années avec la forte croissance chinoise.

Le Rendez-vous laitier AQINAC a attiré 596 participants dont 27% de producteurs laitiers.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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