Portrait de l’établissement et du retrait de l’agriculture au Québec

Québec (Québec), 29 avril 2004 – Le Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ) est fier d’annoncer la parution du Portrait de l’établissement et du retrait de l’agriculture au Québec. Ce document est disponible en format .pdf sur le site Internet du CRAAQ.

Depuis plusieurs années, l’établissement sur les entreprises agricoles constitue une préoccupation grandissante pour les agriculteurs et des intervenants du milieu. En effet, les entraves sont nombreuses et questionnent la pérennité m0me de l’agriculture. Au Québec, 12 % des entreprises agricoles québécoises déclarent un besoin de relève parce que les propriétaires prévoient se retirer de l’agriculture d’ici 2005. Parmi ces entreprises, 26 %, n’ont pas de relève identifiée et seront éventuellement démantelées ou intéresseront des personnes extérieures à la famille immédiate.

Soucieux de répondre aux besoins des acteurs du milieu, le Comité établissement et retrait de l’agriculture du CRAAQ, avec le soutien financier du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation dans le cadre de la Politique d’intégration des jeunes en agriculture, a donc tracé le portrait de l’établissement et du retrait de l’agriculture au Québec. Le document vise à alimenter une prise de conscience globale de la situation selon des données factuelles, à éclairer les décideurs, à favoriser un maillage entre les organisations et une complémentarité au plan des politiques et des actions à mettre en place.

Les réflexions et les discussions survenues tout au long de la production du rapport ont conduit le Comité à proposer un schéma qui illustre sa conception des mouvements caractérisant l’établissement et le retrait de l’agriculture.

Dans son rapport, le Comité définit également plusieurs termes dont les suivants : l’établissement est l’accession d’une personne à la profession d’agriculteur par la reprise d’une entreprise agricole existante (transfert familial ou non familial) ou par le démarrage d’une entreprise agricole.le retrait de l’agriculture est la cession des droits qu’une personne possède sur une partie ou la totalité de son entreprise agricole. Il y a différents moyens possibles : le transfert, le démantèlement et la non-utilisation des ressources.

Le Portrait de l’établissement et du retrait de l’agriculture au Québec permet d’avoir une vision globale de la situation au Québec tout en considérant la situation ailleurs au Canada ainsi qu’en Europe et aux États-Unis. Un constat ressort : comme ailleurs dans le monde, le Québec connaît une situation préoccupante en ce qui a trait à l’établissement et au retrait de l’agriculture.

Parmi les thèmes traités, la Situation au Québec révèle que, depuis plus de 25 ans, plusieurs facteurs ont causé un accroissement de la concentration des entreprises agricoles au Québec. Cette situation a entraîné une réduction du nombre de fermes, une hausse de la taille de celles-ci et une augmentation importante de la valeur des entreprises, due principalement à l’inflation des actifs et non à une hausse de la valeur des actifs par des investissements nets ou une réduction réelle des dettes. Au contraire, le Québec est la province qui a le taux d’endettement le plus élevé. De plus, les actifs et les dettes augmentent plus vite que les revenus des entreprises agricoles.

Dans la section Revenus à la retraite et fiscalité, on constate que les cédants ont peu de placements à long terme. Leurs ressources financières pour la retraite sont donc principalement concentrées dans leur entreprise agricole. Le montant de la vente de l’entreprise constitue la principale composante du revenu de retraite souhaité. Étant donné l’écart entre la valeur marchande de l’entreprise et sa valeur économique, le démantèlement produit un revenu de vente plus élevé que le revenu obtenu par le transfert. D’une façon évidente, le fait de transférer la ferme en diminue le prix de vente, car la relève possède rarement la capacité de payer un prix élevé. La surévaluation des activités agricoles limite également le prix d’achat offert par les jeunes agriculteurs.

Pour la relève, la mise de fonds nécessaire à l’établissement constitue une somme considérable. Cette difficulté donne lieu à de nouvelles situations telles que la diversification des modes d’acquisition, l’exploration de nouvelles sources de financement et l’accroissement de l’agriculture à temps partiel. La section Financement met en lumière que la majorité du financement agricole est autorisé par La Financière agricole du Québec. Les aides à l’établissement se présentent actuellement sous la forme de diverses mesures, les principales étant la subvention de capital et les rabais d’intérêt. Cependant, le nombre d’entreprises qui béné0cient de la subvention de capital est en diminution.

En plus de traiter des aspects économiques, le document rappelle l’importance des aspects humain et organisationnel dans le processus de transfert. En effet, le transfert de l’entreprise agricole est un processus impliquant une multitude de changements qui touchent à la fois l’entreprise, la famille et les personnes. Au Québec, plus de 90 % des entreprises agricoles sont familiales. La compréhension des interactions entre les individus, la famille et l’entreprise dans ces périodes de changement permet de saisir toute la complexité du phénomène. Les entreprises agricoles québécoises gagneraient à développer une bonne communication au sein de l’entreprise, à planifier à long terme le processus de transfert et, enfin, à aller chercher l’accompagnement et le soutien professionnel aidant à la réussite du processus. Le processus devrait s’effectuer sur une période de 10 à 15 ans. Une bonne gestion de ces changements permet de minimiser les résistances, de faciliter le passage à une culture d’entreprise participative et de limiter les impacts des différents facteurs individuels, familiaux et organisationnels faisant obstacle au processus d’établissement de la relève et au retrait des parents. Les symptômes et les résultats d’une mauvaise gestion du changement semblent se faire sentir de plus en plus dans les entreprises agricoles québécoises, qu’il s’agisse de l’augmentation du stress et de la détresse psychologique chez les agriculteurs, du démantèlement de certaines entreprises, etc.

Les changements survenus dans le secteur agricole québécois ont également provoqué de nouveaux modes d’établissement et de retrait de l’agriculture; pensons aux fusions ou aux associations entre parents et enfants, au sein d’une fratrie et même entre personnes non apparentées. De plus, la section Démarrage fait ressortir les particularités du démarrage en agriculture, et notamment les risques climatiques, les normes et la réglementation, la mise de fonds importante à constituer, le manque de main-d’oeuvre, etc. De plus, pour la relève non issue du milieu agricole qui désire s’établir en agriculture, certaines difficultés s’ajoutent comparativement à la relève familiale. Elle doit en effet mettre plus d’efforts à élaborer son plan d’affaires, à trouver des alternatives de financement, à bâtir son réseau, à organiser sa mise en marché, etc.

Bien que la situation de l’établissement au Québec soit préoccupante, un certain nombre d’indicateurs socio-économiques permettent d’affirmer que le Québec s’est néanmoins engagé, plus que les autres provinces canadiennes, dans la recherche de solutions afin de favoriser l’établissement des jeunes en agriculture et d’éviter le démantèlement des fermes. Cet engagement est tel que la moyenne d’âge des agriculteurs québécois est beaucoup plus basse que dans les autres provinces canadiennes, que le nombre de jeunes agriculteurs dans la population agricole active totale est moyennement élevé et que le taux de remplacement des cédants est le plus élevé au Canada, soit 53 %.

La section Formation indique que le niveau de scolarité de la relève agricole s’est amélioré. En 2000, 46 % des membres de la relève agricole avaient atteint le niveau collégial ou universitaire, comparativement à 27 % en 1993. Cependant, dans le contexte où les jeunes agriculteurs doivent gérer des entreprises qui deviennent de plus en plus complexes, le niveau de formation en agriculture doit continuer de s’améliorer.

Le Québec se distingue aussi par la quantité et la diversité des ressources mises à la disposition de la relève et des cédants tel qu’on peut le constater dans la liste de tous les organismes et les services offerts en établissement et retrait de l’agriculture au Québec qui complète le document. La province se démarque, entre autres, par la mise sur pied des Centres régionaux d’établissement en agriculture (CRÉA) et des Groupes conseils agricoles (GGA). Cependant, il y a un manque de coordination entre les organisations impliquées.

Pour faire suite à la diffusion du rapport, le Comité établissement et retrait de l’agriculture approfondit actuellement la réflexion par l’établissement du diagnostic à partir des données factuelles mises à jour. Ce diagnostic, pour lequel l’analyse est déjà commencée, fournira des renseignements pertinents et actuels permettant d’alimenter les décideurs du secteur agricole québécois.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ)
http://www.craaq.qc.ca/

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