Rôle clé des agronomes dans la stratégie québécoise des pesticides 2015-2018

Québec a annoncé la semaine dernière sa stratégie d’utilisation des pesticides 2015-2018. Celle-ci vise à protéger la santé des consommateurs, des agriculteurs, des pollinisateurs et de l’environnement, en particulier des cours d’eau.

« C’est une stratégie intéressante parce qu’elle gère les pesticides selon les niveaux de risque et qu’elle fait appel à la science agronomique », commente le président de l’Ordre des agronomes du Québec (OAQ), René Mongeau.

Près de 85 % des 4,4 millions de kilogrammes d’ingrédients actifs vendus au Québec sont utilisés par les agriculteurs. Et les agronomes sont appelés à jouer un rôle de premier plan dans l’accompagnement des producteurs quant à la justification de l’utilisation des pesticides les plus à risque pour la santé et l’environnement tels l’atrazine, du chlorpyrifos ou encore les néonicotinoïdes. La stratégie québécoise prévoit que, par exemple, 100 % des utilisations de néonicotinoïdes devront être justifiées par un agronome.

« La stratégie québécoise est plus ambitieuse que celle de l’Ontario qui se limite à un contrôle d’utilisation des néonicotinoïdes. Au Québec, on parle d’accompagnement agronomique c’est-à-dire une analyse, un diagnostic et une recommandation pour tous les pesticides à risque en tenant compte des facteurs humains, économiques et environnementaux », explique René Mongeau.

Au Québec, stipule la stratégie, les semences traitées aux néonicotinoïdes sont utilisées sur près de 100 % des superficies de maïs et 50 % du soya, ce qui représente 500 000 hectares. Non seulement, est-il indiqué, ces produits sont prouvés mortels pour les abeilles, mais leur utilité n’est très souvent pas justifiée en plus de ne pas augmenter les rendements, selon les études scientifiques du Centre de recherches sur les grains (CEROM) et de la United State Environmental Protection Agency (USEPA).

La stratégie soulève la question des services agronomiques liés ou non liés à des compagnies ou encore d’agronomes employés directement par des producteurs. « L’agronome ne fera pas juste une facture de vente, il va falloir qu’il justifie pourquoi tel ou tel produit doit être utilisé et inscrire au dossier de recommandations au producteur les distances des cours d’eau ou autres mesures de sécurité visant à protéger la santé humaine de l’environnement ».

Du coup, M. Mongeau rappelle que les quelque 3300 agronomes membres de l’OAQ sont régis par un code d’éthique, d’intégrité et de professionnalisme.

Mais un producteur risque-t-il d’avoir deux avis agronomiques contradictoires? « Donnons-nous la chance d’essayer », indique M. Mongeau qui insiste que les recommandations prodiguées aux agriculteurs devront s’appuyer sur la science. « Dans le cas de l’utilisation de 100 % de semences de maïs traitées aux néonicotinoïdes, on peut sûrement faire mieux tout en faisant que l’entreprise agricole reste compétitive », ajoute-t-il.

Mongeau indique que l’OAQ préconise l’approche agronomique dans la gestion des pesticides depuis quatre ans et que la province possède les outils nécessaires tel SAgE pesticides qui est un outil de mesures de risques des produits, pour réaliser cette tâche « en partenariat avec les agriculteurs et l’industrie », insiste-t-il.

 

 

à propos de l'auteur

Journaliste, photographe et agroéconomiste

Nicolas Mesly

Nicolas Mesly est agroéconomiste, journaliste et photographe spécialisé dans les enjeux agroalimentaires. Il couvre les grandes cultures pour Le Bulletin des agriculteurs.

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