Toxines dans le blé d’automne

La récolte de blé d’automne bat son plein depuis maintenant deux semaines. Aux Élévateurs Rive-Sud, le blé réceptionné contient de 1 à 10 % de grains fusariés et des taux de toxines variant de 0,5 à  plus de 10 ppm.

« C’est une bonne année pour mettre à profit les technologies de criblage que nous avons acquises », a indiqué en entrevue Yann Hébert, président des Élévateurs Rive-Sud.

Pour éliminer les grains fusariés, le blé peut être criblé pour sa petite taille, sa faible densité ou même sa couleur. Les Élévateurs Rive-Sud poursuivent leur quête pour en arriver à 0 % de perte de bon grain au criblage.

Habituellement, le blé d’automne échappe mieux que le blé de printemps à la fusariose responsable des toxines, puisqu’il fleurit avant les grandes chaleurs. Cette année par contre, le climat inhabituel de la première moitié de l’été donne une qualité de blé d’automne très inégale. Les nombreux épisodes de pluie et de temps frais du mois de juin auraient favorisé l’infection des épis par la fusariose.

D’après Yann Hébert, c’est le blé du sud de la Montérégie qui est le plus touché. Mais même à 10 % de grains fusariés, le blé est récupérable pour la filière de consommation humaine, assure-t-il. Un certain volume de grain est retiré lors du criblage, mais le prix payé au producteur demeure largement supérieur à celui du blé déclassé.

Curieusement, il semblerait que la canicule qui a frappé en juillet aurait stoppé le développement des toxines chez les grains fusariés. « Cette sécheresse aurait fait arrêter la progression du champignon, de sorte que les gros grains sont bons, explique Yann Hébert. Sur des lots à 10 % de grains fusariés, des tests révèlent des taux de toxines de moins de 2 ppm. »

Les Élévateurs Rive-Sud reçoivent notamment le blé donné à contrat qui servira à la production de farine aux Moulins de Soulanges, pour des pains de Première Moisson et de la Boulangerie St-Méthode. Les prix payés aux agriculteurs sont fixés dans des contrats pendant l’hiver.

Selon Yann Hébert, la popularité du blé en 2013 n’est pas seulement attribuable à ses avantages dans la rotation et à la possibilité de réaliser des travaux d’amélioration des sols après la récolte. Le recul des prix du maïs et du soya depuis le début de l’année y seraient pour quelque chose.

« On peut payer des blés 295 $ la tonne, même à 3 % de grains fusariés. C’est intéressant comparé à du maïs à 180 $ la tonne », illustre-t-il.

Le prix du blé est établi en fonction d’un profit raisonnable pour chacun des membres de la filière, alors que celui des autres céréales fluctue en fonction du marché boursier, explique Yann Hébert. « Nous basons les prix sur le coût de production d’un pain ou d’une baguette. Quand le marché (des céréales à Chigago) est fort, on est moins compétitif. Quand le marché est bas, on devient très compétitif. Ça fait plus de stabilité et je pense que c’est ce que certains producteurs recherchent. »

Blé de printemps
Si en Montérégie, on a pu profiter du beau temps de la fin avril et du début mai pour semer le blé de printemps, il en a été tout autre dans les autres régions de production plus à l’est et au nord. Le blé de printemps aurait été semé de deux à six semaines plus tard que d’habitude.

Ce décalage échelonné sur plusieurs semaines fera en sorte que le moment de l’épiaison du blé variera beaucoup à travers la province, ce qui répartit les risques de fusariose. Yann Hébert s’attend à une grande diversité de qualité et aussi, à un écart plus grand qu’à l’habitude entre les récoltes de blé d’automne et de blé de printemps.

 

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