Washington veut passer des accords bilatéraux de libre-échange avec quatre pays latino-américains

Miami (États-Unis), 18 novembre 2003 – Les Etats-Unis vont entamer des négociations bilatérales de libre-échange avec la Bolivie, l’Equateur, le Pérou et la Colombie, a annoncé le représentant américain pour le Commerce, en marge d’un nouveau round de pourparlers sur la ZLEA, la zone de libre-échange des Amériques censée abattre les barrières commerciales de l’Alaska à la Terre de Feu, qui s’annonce délicat à Miami.

Les négociations s’ouvriront au printemps avec la Colombie et le Pérou, a précisé Robert Zoellick.

Les Etats-Unis ont déjà des accords de ce type avec le Canada et le Mexique (ALENA, accord de libre-échange nord-américain) et avec le Chili, et négocie actuellement un pacte du même genre avec les pays d’Amérique centrale, que Robert Zoellick devait rencontrer dans la journée.

Réunis à Miami, les ministres du commerce des 33 pays concernés espèrent progresser cette semaine sur la ZLEA (ou ALCA, selon son sigle en espagnol), qui deviendrait la plus vaste zone de libre-échange au monde, incluant chaque pays des Amériques hormis Cuba. La date-butoir pour la naissance de la ZLEA est janvier 2005, mais on craint que l’actuel round de pourparlers ne s’achève sur un échec.

Les réticences et oppositions sont innombrables. Les principaux points d’achoppement sont les subventions agricoles et les droits de douane, ainsi que les règles sur l’investissement et la propriété intellectuelle.

Le projet d’ALCA est dans le collimateur du mouvement altermondialiste, qui craint qu’il ne devienne un nouvel instrument de la mondialisation néolibérale, susceptible de priver les travailleurs de leurs droits et d’accroître les risques sur l’environnement. Quelque 20 000 manifestants étaient attendus à Miami jeudi, jour de l’ouverture des ministérielles.

Le Brésil d’Ignacio Luiz « Lula » da Silva, est le plus virulent des pays d’Amérique latine contre une ALCA qui irait à l’encontre des intérêts des pays pauvres de la zone.

Il milite pour que des garde-fous soient instaurés, rejoint dans son combat contre la mondialisation libérale par l’Argentine de Nestor Kirchner. Pour tous deux, qui ont entraîné le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay), l’union faisant la force, il faut un modèle flexible d’accord, adapté à la situation particulière de chaque pays.

Lundi, après s’être longuement écharpés, le Brésil et les Etats-Unis ont donc proposé un compromis: se contenter d’un socle de règles communes, et permettre à chacun des 34 pays de choisir auxquelles des clauses contestées ils veulent adhérer. Mais cette idée d’une « ZLEA à 34 vitesses » et à la flexibilité extrême mécontente le Canada et le Chili, selon les négociateurs brésiliens.

Le Brésil avait déjà, avec d’autres, mené la résistance aux pays du « Nord » lors du sommet de l’OMC à Cancun en septembre, en prenant la tête du « groupe des 20 et plus » qui a fait capoter le sommet sur la question des subventions agricoles: il veut l’élimination ou la réduction des subventions, quotas et autres mesures de protection des agriculteurs américains. Sujet que Washington ne veut voir traiter que par l’OMC…

Source : AP

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