Y-a-t-il trop ou pas assez de potassium dans nos fourrages ?

experts_fourragers_Benoit Fradin*Y-a-t-il trop ou pas assez de potassium (K) de nos fourrages ? D’un côté, on nous dit que le foin devrait être pauvre en potassium (prévention des fièvres de lait) et de l’autre, on nous conseille de fertiliser en potasse ! Les messages sont contradictoires… Que faut-il en penser?

Tout d’abord, quels sont les besoins des animaux ?

  • Une vache laitière contient environ 2 kg de potassium : son rôle est vital, il s’agit du minéral dans les besoins sont les plus élevés, estimés à environ 250 gr par jour pour une vache ingérant 25 kg de matière sèche (ms). La supplémentation en potassium est bénéfique à la consommation de matière sèche (ms), au volume de lait et au taux de gras.
  • Si les carences sont rares, les excès le sont moins : ils engendrent surconsommation d’eau et augmentation du rejet d’urine (lisier), et surtout prédispose les vaches à la fièvre de lait et l’hypocalcémie : on estime qu’environ 3% des animaux sont touchés, avec des conséquences financières importantes. En prévention de ce trouble, il est démontré qu’une ration pauvre en K (teneur inférieure à 2%) à faible DACA, servie aux vaches en transition, permet d’abaisser le pH sanguin pour une meilleure mobilisation de calcium osseux durant les premiers jours à risque de la lactation.

Et quel est l’importance du potassium pour la production fourragère ?

  • De loin le principal minéral absorbé par la luzerne : chaque tonne de foin exporte près de 30 kg de potasse. Le potassium joue un rôle primordial dans la régulation de l’eau (stomates), dans la conversion des sucres et leurs transports dans la plante (mise en réserve). Son effet est démontré sur le rendement, la résistance à l’hiver et la longévité des peuplements de luzernes. D’ailleurs, la réponse à la fertilisation en potasse tend à augmenter avec l’âge de la prairie…
  • Teneur en potassium dans l’analyse foliaire : une valeur inférieure à 1,8% dans la partie haute de la luzerne au stade début floraison est considérée déficiente, bien que des valeurs légèrement supérieures (jusqu’à 2,25%) soient considérés sous-optimales.
  • Les essais menés dans l’État de New-York ont déterminé une valeur critique de potassium dans le sol de 170 kg/ha : en dessous, les rendements de la luzerne sont fortement diminués en l’absence de fertilisation.
  • Il est donc impossible de produire un fourrage à base de luzerne à faible teneur en K, car cela équivaux à carencer « volontairement » la luzerne !
Symptômes de carence en potassium sur feuilles de luzerne. Source : California Department of Food and Agriculture

Symptômes de carence en potassium sur feuilles de luzerne.
Source : California Department of Food and Agriculture

La teneur en potassium de nos sols diminue dangereusement :

  • Selon l’enquête publiée par l’IPNI* et basée sur plusieurs milliers d’analyses de sol, la teneur médiane de nos sols a diminuée de 18 kg/ha entre 2010 et 2015. On observe même une accélération de cet appauvrissement comparé à la période précédente 2005-2010.
  • Pour l’anecdote, voici les valeurs relevées dans un champ du centre Québec où nous étions amenés à faire un diagnostic pour l’implantation d’une luzerne : sa teneur est passée de 173 kg/ha en 2008, à 142 kg/ha en 2010 pour seulement 103 kg/ha en 2015. Les américains parlent du phénomène en ces termes «  Mining the soil », c’est-à-dire « vider le sol ! » Et ça va très, très vite !!

En conclusion :

  • Consacrez une fraction de vos prairies (mélange de graminées à base de mil) à produire un foin à faible teneur en K pour vos vaches en transition, en évitant toute fertilisation potassique, qu’elle soit minérale ou organique. Au besoin, achetez ce foin à l’extérieur…
  • Surveiller très attentivement le niveau de K dans les analyses de sol et aussi dans les analyses fourragères de vos prairies à dominante de légumineuses. Aussi, votre P.A.E.F. indique très clairement le bilan en potassium ! Lisez-le !!
  • Fertiliser/amender obligatoirement vos sols les plus pauvres avant toute nouvelle implantation pour éviter les échecs.
  • Fertiliser selon les grilles de recommandations en valorisant judicieusement les fumiers avant semis ou sur les prairies de plus de 1 an afin d’éviter les dommages de compaction.
  • Fractionnez les apports de potassium, notamment sur les sols sableux, afin d’éviter lessivage ou prélèvement excessif, tout en réservant un apport avant la dernière coupe pour maximiser la mise en réserve des sucres et la résistance à l’hiver. Et oui ! il va revenir !!

* International Plant Nutrition Institut

Références bibliographiques :

– Fourrages pour vaches en période de transition, de Gaëtan Tremblay Gilles Bélanger Sophie Pelletier Edith Charbonneau Masahito  ba Doris Pellerin  et Guy Allard, Agriculture et Agroalimentaire Canada

Forage Fertilization Economic vs. Environmental Home-grown fertility – Manure Nitrogen on pure grasses J.H Cherney and D.J.R. Cherney Cornell University, Ithaca, NY

– Managing potassium for high yield alfalfa, IPNI – Potassium : l’excès est nocif, Jurg Kessler, Station Fédérale de Recherche en Production Animale, Suisse

*article rédigé par Benoit Fradin, responsable technique céréales et plantes fourragères chez William Houde, en collaboration avec le Conseil québécois des plantes fourragères.

 

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