Des solutions pour prévenir la pénurie de médecins vétérinaires dans le secteur agricole

La Faculté de médecine vétérinaire a ciblé trois stratégies

La pénurie de médecins vétérinaires préoccupe le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) à un point tel que le ministère a commandé un portrait de la situation.

« Les travaux menés par le MAPAQ et ses partenaires démontrent qu’il existe une inadéquation entre le nombre de médecins vétérinaires quittant la pratique et la relève, un écart qui continuera de s’accroître si des mesures ne sont pas mises en place », explique par courriel la relationniste de presse Mélissa Lapointe, du MAPAQ.

Les données de 2017 communiquées en 2018 aux partenaires de l’agroalimentaire révèlent notamment que 19% des médecins vétérinaires en pratique générale des grands animaux (animaux de ferme) ont plus de 30 ans de pratique. Cette proportion atteint plus de 50% en ce qui concerne les médecins vétérinaires des secteurs aviaire et porcin.

Une estimation sur 10 ans a révélé que plus du tiers des médecins vétérinaires oeuvrant en médecine générale des grands animaux serait en âge de prendre sa retraite en 2027. Cette estimation ne calcule pas les réorientations de carrière, les maladies, les maternités et les décès.

En 2017, parmi les finissants de la Faculté de médecine vétérinaire (FMV) de l’Université de Montréal, 12 prévoyaient s’orienter en pratique générale des grands animaux et aucun dans les secteurs porcins et aviaires.

3 stratégies à la FMV

À la FMV, on travaille pour prévenir cette pénurie appréhendée de médecins vétérinaires dans le secteur bioalimentaire et dans certaines régions. Trois stratégies sont soit déjà mises en place ou en voie d’être mises en place.

  1. Bonifier la cote R des étudiants provenant de régions fragiles

Actuellement, un grand nombre de candidatures provient des grandes villes. Ces candidats ont été moins en contact avec le milieu agricole dans leur enfance et leur adolescence.

La première stratégie envisagée par la FMV est de bonifier la cote R des candidats provenant des régions démontrant une fragilité en nombre de médecins vétérinaires. « C’est ce qui se fait en médecine humaine », explique la doyenne de la FMV, Christine Théoret.

Ces régions sont Gaspésie – Îles-de-la-Madeleine, Saguenay – Lac-Saint-Jean, Abitibi-Témiscamingue et Outaouais.

La demande a été faite auprès du gouvernement. Il y a ouverture de ce côté, mais il n’y a pas eu encore de confirmation.

  1. Création d’une nouvelle catégorie d’admission

Une deuxième possibilité est d’ouvrir une nouvelle catégorie d’admission à des étudiants qui ont de l’expérience dans le domaine bioalimentaire et qui ont réalisé un stage de formation auprès d’un médecin vétérinaire qui pratique dans ce domaine.

« Ça ne changera pas le nombre d’admissions, dit Christine Théoret. Actuellement, on est vraiment au maximum de notre capacité en terme d’infrastructure. On ne peut pas accueillir plus de 96 candidats annuellement. »

Les modalités de cette nouvelle catégorie d’admission ne sont pas encore arrêtées. De plus, la nouvelle catégorie n’a pas encore été acceptée par l’Université de Montréal. L’Union des producteurs agricoles (UPA) est au courant de cette possibilité puisque les producteurs recevront les candidats désirant accueillir des étudiants désirant prendre de l’expérience agricole.

Christine Théoret ajoute qu’il est important de comprendre que la formation est générale et que c’est l’étudiant diplômé qui décidera de son champ de pratique lors de sa graduation.

« On ne peut pas garantir que l’étudiant va se diriger vers la pratique en production animale, dit-elle. On veut prêter attention au milieu qu’il provient parce que les études démontrent que les étudiants qui proviennent du milieu agricole ou d’une certaine région sont beaucoup plus aptes à y retourner. »

  1. Exposer les étudiants à des expériences à la ferme

« On veut exposer tous nos étudiants qui sont déjà dans le parcours de médecine vétérinaire ici à la faculté à la pratique dans les animaux de la ferme, peu importe qu’ils viennent de région ou qu’ils aient de l’expérience agricole avant », explique Christine Théoret.

En collaboration avec le MAPAQ, la Faculté de médecine vétérinaire a mis sur pied des stages dans le secteur bioalimentaire pour ses étudiants qui sont rémunérés par le MAPAQ. L’été 2019 était le premier été de cette initiative.

Un peu plus de 60 étudiants ont participé durant un à trois mois de stages avec un médecin vétérinaire en pratique des animaux de ferme à l’été 2019. « Je peux dire qu’il y a beaucoup de citadins qui ont choisi de faire ça cet été pour voir un peu en quoi consiste la médecine vétérinaire pour animaux de la ferme et c’était le but », dit Christine Théoret.

Un bonus d’éloignement était même accordé par le MAPAQ aux étudiants qui étaient prêts à faire leur stage dans une région reconnue comme vulnérable en ce qui touche la relève de médecins vétérinaires. Le but de ce bonus était de leur faire découvrir la région pour leur donner le goût d’y retourner travailler après leur graduation, en plus de leur faire connaître la pratique avec des animaux de ferme.

Christine Théoret, qui occupe son poste depuis juin 2018, est très enthousiaste de ces trois principales stratégies, surtout la troisième qui est déjà mise en application. « Ce que je comprends, pour l’instant, c’est qu’il n’y a pas de bri de service, mais on ne veut pas non plus se diriger vers un mur », dit-elle.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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