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Doit-on s’inquièter des fusions entre les géants des intrants agricoles?

Nous avons assisté ces derniers mois à la fusion de géants des intrants agricoles. Des transactions qui totalisent plus de 240 milliards de dollars américains à l’échelle de la planète. L’Allemande Bayer a avalé le géant américain Monsanto pour une somme de 66 milliards de dollars. Elle devient l’une des plus importantes entreprises dans le domaine de la chimie agricole et des semences OGM. Cette mégatransaction a, par ricochet, fait grossir le géant allemand BASF, qui récupère plus de 7 milliards de produits et services. Ceux-ci ont été cédés pour satisfaire les exigences réglementaires de la concurrence.

Une autre mégatransaction est celle de l’Américaine Dow Chemical qui s’est fusionnée avec sa compatriote Dupont pour former une nouvelle entreprise d’une valeur de 130 milliards en incluant le secteur industriel. Ce mariage a donné naissance à la division Corteva Agriscience. Elle combine les produits de Dupont Pioneer, Dupont Crop Protection et Dow AgroSciences. C’est une entité consacrée 100% à l’agriculture.

N’oublions pas non plus l’achat par la Chinoise ChemChina de la Suissesse Syngenta pour 43 milliards. Cette transaction donne accès à ChemChina à de nouveaux marchés et à l’expertise technologique de Syngenta.

Ces trois nouveaux mastodontes (Bayer, Corteva et Syngenta) vont contrôler tout près de 60% des marchés de la semence et de l’agrochimie. Ils vont fournir la quasi-totalité des semences génétiquement modifiées. Une telle concentration des fournisseurs d’intrants agricoles a alarmé plusieurs défenseurs de l’environnement qui redoutent le pouvoir accru et l’influence de ses nouveaux mastodontes. Ils voient ces géants d’un très mauvais oeil. Mais les producteurs, eux, devraient-ils s’inquiéter?

Rajiv Singh de FoodShot Global donnait une conférence aux Perspectives Agricoles le printemps dernier, les producteurs sont probablement les grands gagnants de ses achats et fusions. Selon lui, ses mégatransactions s’expliquent par les projections de croissance plutôt faible des prix des céréales et autres commodités et de l’essoufflement des avancées technologiques en phytoprotection qui a permis une croissance soutenue des revenus depuis les 50 dernières années. Les nouvelles molécules sont désormais très dispendieuses à trouver et à mettre en marché. Les OGM,qui ont très mauvaise presse au près de plusieurs consommateurs freinent le développement de nouvelles cultures OGM. La récente découverte de blé OGM en Alberta en juin dernier en est un bon exemple. Suite à l’identification de quelques parcelles de blé OGM non-règlementé en Alberta, le Japon a menacé de suspendre ses importations de blé Canadien.  Le biologique et le « sans OGM » constituent un marché de 50 milliards aux État-Unis. Leurs croissance menace la demande pour les produits de phytoprotection.

L’industrie des intrants agricoles, explique Rajiv Singh, a besoin de nouvelles sources de revenus. Elle se concentre de plus en plus dans l’offre de services intégrés à la ferme, d’après le spécialiste. Les nouvelles plateformes de gestion des données des cultures comme Encirca de Pioneer, Climate Field View du nouveau conglomérat Bayer, pour ne nommer que celles-ci, sont des outils très puissants pour optimiser l’utilisation des intrants et la gestion des récoltes. Ils sont un début d’incursions des fabricants dans le marché des services.

L’avenir est moins rose pour les distributeurs d’intrants agricoles avance Rajiv Singh.  Ils devront transiger avec des fournisseurs plus gros et des producteurs qui ne sont pas en position de dépenser davantages. Les détaillants et grossistes vivront des pressions accrues sur leurs marges. Les regroupements ne se termineront pas là, prévient l’expert, ils continueront de s’accentuer, nous n’avons rien vu encore. C’est à suivre!

Article  publié dans l’édition juillet-août du Bulletin des agriculteurs.

 

à propos de l'auteur

Éditeur et rédacteur en chef

Yvon Thérien est agronome et éditeur et rédacteur en chef au Bulletin des agriculteurs.

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