Québec, pays de la fraise

Dans le nord-est de l’Amérique du Nord, c’est au Québec que les producteurs de fraises occupent le mieux leur marché local. Simon Parent nous explique pourquoi.
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de décembre 2010

par André Dumont

En août dernier, la North American Strawberry Growers Association (NASGA) tenait sa tournée estivale dans la région de Montréal. Pourquoi ses membres ont-ils voulu visiter nos producteurs de fraises ? Malgré notre climat nordique, notre industrie de la fraise a-t-elle un bel avenir devant elle ? Pour le savoir, Le Bulletin des agriculteurs a rencontré celui qui est président de la NASGA depuis janvier 2010, Simon Parent, de Novafruit.

Quelle place la production de fraises au Québec occupe-t-elle à  l’échelle du Canada et de l’Amérique du Nord ?
— En termes de superficies de culture, le Québec se classe troisième, derrière la Californie et la Floride. Nos volumes (12 000 tonnes par année) sont quand même modestes  à côté de la Californie (1 million de tonnes). Au Canada, nous sommes premiers, avec 50 % de la production nationale. Dans plusieurs provinces canadiennes et  états américains, les producteurs ont perdu leur marché de gros à la faveur des importations. Au Québec, j’estime qu’en saison, nos fraises réussissent à occuper plus des  deux tiers du marché local.

Pourquoi les membres de la NASGA ont-ils voulu visiter des entreprises d’ici ?

— Nos producteurs sont perçus comme les élites de la production dans le nord-est du continent. Nous avons des joueurs particulièrement performants qui sont des  innovateurs dans l’âme et qui adoptent facilement les nouvel- Québec, pays de la fraise les technologies. Ils voyagent beaucoup, donnent des conférences et reçoivent de la  visite de producteurs des États-Unis et de partout dans le monde. Les visiteurs nous disent que nous avons le réflexe de toujours nous remettre en question, d’évaluer ce qui  fonctionne et de faire autrement.

Pourquoi y a-t-il autant de dynamisme dans la fraise au Québec ?
— Bonne question! Les conditions de culture ne nous démarquent pas du nord-est des États-Unis ou de l’Ontario et pourtant, nous avons pris une avance technologique d’environ cinq ans. Pourquoi nous distinguonsnous dans la fraise plutôt que dans une autre culture ? Je crois que, par un concours de circonstances, plusieurs fournisseurs  ont introduit ici des technologies novatrices qui ont rapidement été adoptées par nos meilleurs producteurs, qui cherchent depuis longtemps à améliorer leur  rendement et de prolonger la saison.

Quels sont les grands changements en cours dans l’industrie de la fraise au Québec ?
— L’autocueillette demeure une source importante de revenus, mais elle est devenue une activité familiale, plutôt qu’une occasion de faire des réserves. La fraise (locale et  importée) se retrouve sur les tablettes d’épicerie douze mois par année. Le producteur doit de plus en plus payer des cueilleurs, donc penser en termes d’efficacité de  cueillette. Avec la plasticulture et d’autres techniques de pointe, le calibre, la quantité et la qualité des fraises s’améliorent, ce qui rend le travail du cueilleur plus  efficace.

De plus en plus de producteurs planifient leurs cultures en fonction de marchés spécifiques. Ils choisissent des variétés et des types de plants pour pouvoir obtenir  des fraises sur quatre à cinq mois, en volumes répartis pour l’autocueillette, le marché de gros et de détail.

Les producteurs prennent aussi conscience que la qualité des  fraises importées s’est beaucoup améliorée et que même si les consommateurs québécois ont une nette préférence pour les fraises locales, il faut continuer d’en faire la  promotion et de maintenir nos standards de qualité élevés.

Le Québec pourrait-il produire encore plus de fraises ?
— Malgré le fait que le marché devient complètement saturé en juillet, il y a encore de la place pour de la croissance dans notre industrie. En plein coeur de la saison, il  entre encore de la fraise de la Californie. Nous pourrions mieux occuper le marché du Québec, en utilisant tous les moyens pour être présent au moins cinq mois par année.

Avec la signature visuelle des emballages des «Fraîches du Québec», le consommateur peut plus rapidement identifier notre produit, d’autant plus que la fraise est  souvent un achat impulsif. La chambre de coordination, qui a été créée par l’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec, nous aide aussi à mieux  occuper le marché. En rassemblant producteurs et acheteurs autour d’une même table, nous pouvons mieux planifier les volumes et les promotions. Les petits fruits sont  de plus en plus mis en valeur pour leurs vitamines et leurs antioxydants. Les ventes sont en croissance et je crois qu’elles continueront à croître pour au moins les 25  prochaines années. Au Canada, il ne se consomme que 2,2 kg de fraises par habitant chaque année. En France, il s’en consomme le double, soit 4,4 kg.

La fraise est une production d’avenir. À preuve, ici comme aux États-Unis, la moyenne d’âge des producteurs est plutôt basse. J’ai plusieurs clients qui ont mon âge, qui  reprennent l’entreprise familiale et qui décident d’investir et de développer leur production.

L’exportation est-elle une avenue intéressante pour nos producteurs?
— Présentement, même nos plus gros producteurs fournissent principalement le marché local. Il se fait un peu d’exportation dans les provinces et les états limitrophes. Dans un rayon de 750 km, on retrouve 100 millions de consommateurs, mais ce n’est pas demain la veille qu’on pourra alimenter des marchés comme ceux de New York  ou de Boston. Si un jour le Québec se met à exporter des volumes importants, ce sera vraisemblablement avec des producteurs qui décideront d’explorer ensemble un  nouveau marché.

Est-il possible de produire de la fraise neuf mois par année au Québec ?
— Cela se fait déjà, par petits volumes. Ce sont principalement des serriculteurs qui diversifient leurs cultures en ajoutant la fraise. Le véritable envol aura lieu quand les  producteurs dont la fraise est la culture principale seront rendus à cultiver eux-mêmes dans des serres, comme cela est déjà courant en Europe. Pour les producteurs qui  réussissent déjà à produire de la fraise sur cinq mois, la prochaine étape sera de fermer et de chauffer leurs grands tunnels en avril et en octobre, pour passer à six, à sept et  à huit mois. Il y a 25 ans, les tomates de serre étaient encore une curiosité. Comme la fraise, on la cultivait principalement au champ. Maintenant, en hiver, la tomate  de serre a pris tout le marché. Elle pousse sur des gouttières surélevées, qui facilitent la cueillette. Je pense que la fraise suivra la même évolution.

Encadré : Simon Parent, président de la NASGA
Le président de la NASGA, Simon Parent, est l’un des nôtres. À 33 ans, il est maintenant l’unique propriétaire de Novafruit, une entreprise de plants de fraises qu’il a fondée en 2002 avec le pépiniériste Alain Massé. Maintenant située sur un site permanent à Saint-Paul-d’Abbotsford, l’entreprise se démarque par la production de plants en motte pour la culture de fraises en plasticulture.

« J’ai toujours eu l’objectif de faire le meilleur produit, de la plus grande qualité, avec les meilleures variétés, affirme Simon Parent. Mes clients me ressemblent et je ressemble à mes clients. »

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