Ligne de temps

Les hauts et les bas du marché du soya

Bienheureux celui qui parviendra à suivre le marché du soya sans en avoir le vertige. Depuis des semaines, ceux qui sont plus prudents jettent un coup d’œil à l’horizon, et n’y voient pas nécessairement de bonnes nouvelles :

  • Les ensemencements américains devraient atteindre un niveau record aux États-Unis ce printemps.
  • Les récoltes en Amérique du Sud sont plus qu’abondantes ce printemps (un record de production encore cette année au Brésil, et la deuxième plus importante récolte de leur histoire en Argentine).
  • Au Canada, on prévoit aussi des ensemencements record de soya cette année, ceux-ci réalisant un bond de 16,5% par rapport à l’an dernier.
  • Les semis de soya en Ontario (+12%), mais surtout au Manitoba (+23%) affichent des hausses importantes, mais le Québec n’est pas en reste avec une hausse des intentions d’ensemencements de soya de 9%. Dans tous les cas, il s’agit de nouveaux niveaux record.

semis quebec 2014

  • Selon les dernières prévisions, El Nino a de plus en plus de chances de faire son œuvre cette année. Bien qu’on puisse discuter longtemps des effets de ce phénomène météo, plusieurs études tendent à suggérer que lors d’une année El Nino, les rendements obtenus aux États-Unis (et même au Brésil…) seraient supérieurs à la normale.

Bref, rien ne sert de se cacher la tête dans le sable, à moins que la météo nous joue un tour encore une fois cette année, il est bien difficile d’ignorer le raz-de-marée de soya qui pourrait inonder les marchés à l’automne prochain. Dans cet ordre d’idée, on ne peut donc donner tort à ceux qui veulent rester prudent et qui ferment des prix alors que, il faut bien le reconnaître, ils sont encore très intéressants. Mais, de la même manière, on ne peut pas non plus donner tort à ceux qui sont plus confiants et préfèrent attendre encore un peu avant de le faire, puisque :

  • Les inventaires américains de soya cette année sont à leur plus bas depuis 10 ans. En terme ratio inventaires/consommation, la situation est encore plus dramatique. En fait jamais ce ratio n’a-t-il été aussi bas depuis que le Département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) rapporte des données (début années 60) sur la production et la consommation de soya.
  • Généralement, chaque année, une pression à la baisse se fait tranquillement sentir sur les prix à partir de la fin de l’hiver alors que les récoltes sud-américaines inondent les marchés. Sauf que cette année n’aura pas été comme les autres. Contrairement à l’habitude, les importateurs de soya n’ont pas annulé autant de leurs commandes en provenance des États-Unis pour profiter davantage du soya sud-américain. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène (problèmes de logistiques, qualité moindre, moins de ventes des producteurs de l’Argentine, etc.). Mais, dans tous les cas, le résultat reste le même : des inventaires de soya encore plus serrés aux États-Unis d’ici la prochaine récolte.
  • Malgré le prix du soya qui n’est pas si loin qu’on voudrait le croire de ses records de 2008 (16,54 $US/bo.) et 2012 (17,70 $US/bo.), semaine après semaine, il semble que les consommateurs ne lâchent tout simplement pas le morceau. Ils veulent du soya, et le prix ne semble pas encore une préoccupation.

Capture d'écran 2014-05-29 à 05.48.46

  • Enfin, il faut reconnaître que la météo devant nous reste un gros point d’interrogation. On peut parler longuement des différentes prévisions et d’El Nino, les paris restent ouverts sur ce que seront vraiment les conditions dans les prochaines semaines. Et, jusqu’à preuve du contraire, rien ne permet d’affirmer hors de tout doute que d’autres imprévus comme la sècheresse historique de 2012 ne verront pas le jour.

Encore une fois, le marché des grains reste donc fidèle à lui-même. On ne peut tracer une ligne claire entre vendre ou ne pas vendre son soya pour l’an prochain. Par contre, il y a une chose qui ne dément pas, à son niveau actuel le prix n’est certainement pas mauvais et des réflexions s’imposent : prendre plus de risque pour plus de profits, ou prendre l’argent sur la table, mais dormir l’esprit tranquille.

 

 

à propos de l'auteur

Éditeur et rédacteur en chef

Yvon Thérien est agronome et éditeur et rédacteur en chef au Bulletin des agriculteurs.

Commentaires