Bientôt du sirop d’érable en Abitibi?

Une étude de l’Université de Montréal s’est penchée sur les impacts des changements climatiques sur l’érable à sucre et son établissement dans les forêts boréales

Les changements climatiques dont les effets se bousculent depuis les dernières années auront des impacts importants sur la faune et la flore du Québec. Un étudiant en études postdoctorales s’est attardé aux effets sur un emblème de la province et un important moteur économique, l’érable à sucre.

Alexis Carteron est parti de deux prémisses; le climat est un important déterminant de l’étendue des espèces végétales et, avec le réchauffement climatique, certaines d’entre elles pourraient s’étendre à quelques dizaines de kilomètres au nord de leur aire de répartition actuelle d’ici la fin du siècle confirment certaines études.

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Les conclusions de son études confirment toutefois que si changement il y a, il sera à très long terme. L’érable à sucre demeurera donc dans les forêts tempérées.

Les résultats des travaux, menés sous la codirection du professeur Étienne Laliberté, de l’Université de Montréal, et du professeur Mark Vellend, de l’Université de Sherbrooke ont été publiés dans le Journal of Ecology.

Si le climat compte pour beaucoup dans l’établissement des espèces, il faut aussi tenir compte de la composition des sols dont le rôle est beaucoup moins connu. C’est pourquoi Alexis Carteron et ses collègues ont évalué l’influence des microorganismes et de la chimie de divers sols sur la survie, la biomasse et la performance globale de semis d’érables à sucre (Acer saccharum).

Pour ce faire, ils ont prélevé des échantillons de sol sur le versant est du mont Saint-Joseph dans le parc national du Mont-Mégantic, en juin 2016, à différentes altitudes pour refléter les deux types de forêts qu’on y trouve. Ils ont ensuite fait pousser des graines d’érable en serre au Jardin botanique de Montréal pendant deux saisons (2016-2017)

Les tests menés indiquent une très faible survie et biomasse des érables ayant poussé dans le sol provenant de la forêt boréale, par rapport à ceux qui ont poussé dans un sol de la zone de transition entre les forêts tempérée et boréale. Les érables cultivés dans le sol de la forêt boréale et dans le sol inoculé de ce type de forêt affichaient une performance inférieure respectivement de 37 % et de 44 % comparativement à leurs congénères des forêts boréales.

D’autre part, les chercheurs ont constaté que le sol issu de la forêt boréale possède un pH qui freine la survie des érables. Le sol de la forêt tempéré, d’où viennent les érables, est plus propice à la colonisation de leurs racines par les mycorhizes qui contribuent à leur croissance.

Mais la composition des sols n’est-elle pas elle-même appelée à changer avec le réchauffement climatique? «Les propriétés biotiques et abiotiques pourraient devenir plus favorables à une expansion des érables, mais cela ne se produira qu’à très long terme», indique Alexis Carteron.

En ce moment, la région de Chaudière-Appalache détient la palme de la production, selon ce tableau de la production de sirop d’érable en 2018, dressé par les Producteurs et productrices acéricoles du Québec.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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