Conjuguer travail minimum et cultures intercalaires

«C’est surtout sur le coût de production que ça a paru»

Conjuguer travail minimum et cultures intercalaires

«Qu’est-ce qu’on peut faire de mieux comme travail du sol?» C’est la question que le professeur Louis-Yves Béland, de l’ITA de Saint-Hyacinthe, a abordé lors du Rendez-vous végétal du 17 mars dernier. Dans le cadre de sa présentation, il a présenté le témoignage de deux producteurs qui ont fait évoluer leurs pratiques culturales au fil des ans. L’un d’eux est Julien Tanguay, de la Ferme G. Tanguay et fils, située à Saint-Pie-de-Bagot, en Montérégie.

Julien Tanguay raconte comment ils sont passés du labour au travail minimum et aux cultures intercalaires.

Associé à son père et à un oncle, ce producteur exploite 800 acres de maïs, 800 de soya et 400 de blé. Cultivant sur un loam argileux ainsi que sur ce qu’il appelle une «glaise de rivière», Julien Tanguay donne la priorité au travail minimum du sol. Leur équipement de base est de type «strip band». Cette machine crée une fissure de 16 pouces de profond qui aide à contrôler la compaction.

«Il y a une vingtaine d’années, on pratiquait le travail conventionnel, raconte le producteur, qui n’était pas encore arrivé sur la ferme à l’époque. On constatait que d’année en année, la structure de sol et la portance s’affaiblissaient. On voulait aussi diminuer la charge de travail en fin d’automne.»

Ces producteurs se sont donc tournés vers le semis direct. Pour constater que cela ne fonctionnait pas avec toutes leurs cultures. Le blé est passé à 100% au semis direct. Mais pour le maïs et le soya, ils ont dû opter pour le travail minimum. «On a constaté qu’il fallait réchauffer le sol et l’homogénéiser avant de semer, raconte Julien Tanguay. On a essayé différentes machines en vue de remplacer la charrue pour conclure qu’on avait plus de succès en laissant les résidus en surface qu’en les enfouissant. Les pattes ne fonctionnaient pas et on s’est tourné vers les disques. Finalement, on a opté pour le travail vertical.»

La charrue n’a pas été mise totalement de côté. «Quand on cultive maïs sur maïs, on utilise encore la charrue et le cultivateur, précise-t-il. On est un peu un hybride. Mais notre intention reste d’utiliser le plus possible les disques.»

La machine de travail vertical sur laquelle ils ont misé est la 2660 VT. «Elle permet de préparer le terrain autant pour le maïs semé sur un retour de soya que pour l’inverse, décrit-il. La machine déchiquette les résidus et elle ne les enfouie pas.» Il dit apprécier notamment le fait que cette machine permet d’ajuster l’angle des disques.

Le producteur est à même de constater les effets du travail minimum, qui se conjuguent à ceux liés aux cultures intercalaires. «La portance au champ est meilleure, dit-il. On a aussi vu une augmentation de la matière organique dans les analyses de sol. C’est sûr que les cultures intercalaires y sont aussi pour quelque chose. On en a intégré dans le maïs et dans le blé.»

Le producteur considère d’ailleurs l’adoption des cultures intercalaires comme un de leurs meilleurs coups des dernières années. «Quand on était en conventionnel, on le faisait déjà après le blé, explique-t-il. Les introduire dans le maïs a été vraiment un bon coup parce que ça a permis d’éliminer un traitement herbicide. De plus, la friabilité de nos sols au printemps s’est améliorée grandement.»

Les effets de ces diverses mesures se sont fait sentir sur le portefeuille. «C’est surtout sur le coût de production que ça a paru, dit Julien Tanguay. Ce qui a diminué beaucoup, c’est le carburant, la main-d’œuvre et les pièces d’usure. La diminution est d’environ 25 %.»

«En ce qui a trait à la charge de travail, ajoute-t-il, on a remplacé le temps mis sur la charrue par du temps sur le nivellement. On en profite pour parfaire nos égouttements, qui sont un facteur important dans notre régie.»

Du côté du rendement, le producteur ne rapporte rien de spectaculaire. «On a vu une stabilité dans le maïs et parfois une augmentation, indique-t-il. Dans le blé, où l’on est en semis direct, on a observé une hausse de rendement. Dans le soya, on a perdu de la constance de rendement. On a de bonnes années et de moins bonnes. Je ne sais pas si c’est attribuable au travail minimum. Mais on essaie de s’améliorer là-dessus.» Leurs objectifs pour les prochaines années? Introduire une culture intercalaire dans le soya comme ils le font déjà dans le maïs et le blé. Et pratiquer le désherbage mécanique dans le soya. «Le défi, estime Julien Tanguay, est de trouver la machine idéale pour travailler dans les résidus.»

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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