Foin : Une pénurie mondiale

Le foin n’est pas seulement en demande ici : l’Europe et les États-Unis ont chaud également et les besoins se font sentir au niveau international.

Luc Normandin de Norfoin le confirme, la demande est forte pour le foin cette année. Et le foin sera plus cher. « Ce sera plus cher que l’an dernier, alors ceux qui trouvait que c’était déjà cher en 2017 ont besoin de s’atteler ».

Il fait chaud et le temps est sec, tellement en fait que foin se fait rare. « C’est problématique partout au Québec. Au nord du fleuve et dans le bas du fleuve, ils ont connu du temps froid au printemps qui a été suivi par du temps sec. Ça eu des impacts immédiats sur les champs, il n’y a pas de rendement. L’exception est l’Estrie et en partie la Montérégie où la situation n’est pas aussi dramatique qu’ailleurs ».

Le Québec ne fait pas figure d’exception, au contraire. Le Canada souffre également de la sécheresse, ce qui a un effet boule de neige sur le négociant de foin. Les fournisseurs habituels de Norfoin répondent à peine à leur marché local, comme par exemple au Manitoba. En Alberta, les plants de blé sont tellement courts qu’ils arrivent « aux bottines ». « Je regarde partout et aux États-Unis sur la côte Ouest, ils n’en ont pas plus. Toute la production va pour la demande locale. La demande est plus forte que l’offre ».

Et comme les médias l’ont déjà rapporté, l’Europe fracasse des records de chaleur et brûle par endroit. L’Europe du Nord n’échappe pas à la situation. Le président de Norfoin reçoit des demandes de la Suède de la part de clients prêts à payer pour avoir du foin de qualité.

Ce n’est pas encore le moment d’appuyer sur le bouton panique, estime toutefois Luc Normandin. L’été n’est pas fini et le reste de l’été pourrait stabiliser la situation s’il pleut suffisamment d’ici la fin de la saison. Plusieurs prairies sont toutefois en mode survie. Pour ceux qui songeraient à faire des achats, il conseille de suivre la situation de près. « Ce n’est pas une bonne année pour le foin et certains vont s’en tirer mieux que d’autres (…) Quand l’ensilage de maïs sera fait, les dés vont être jetés ».

La situation reflète la pénurie globale du foin. Depuis trois-quatre ans, il n’y a pas suffisamment d’acres de foin dans le monde. Les prairies sont enlevées des rotations pour faire place à des cultures jugées plus rentables mais quand arrive des circonstances comme celles vécues cette année, cela fait mal à l’ensemble des producteurs.

Le discours de Luc Normandin est le même depuis plusieurs années, il faut recommencer à faire du foin. « Tout le monde est gagnant. Ça vaut la peine. Autant pour l’environnement que pour les gains sur les compléments en nutriment. Le foin, ça vaut quelque chose. » Et quant à la recette du succès d’un bon foin, elle est assez simple : une bonne régie de culture, de l’azote et le rendement suivra.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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