Une fois le soya récolté, la température peut encore soutenir la croissance de certaines cultures. On pense ici à une céréale d’automne, le blé par exemple. Le hic, c’est que compte tenu de la période où le soya se récolte, soit autour du début d’octobre, il est souvent trop tard pour que cette culture ait le temps de bien s’implanter.
Une solution serait de remplacer le soya par une autre plante plus hâtive, raisonne l’agronome Bruce Gélinas, de la Direction du MAPAQ en Mauricie. Et cette plante, ce pourrait être le haricot sec. «Plusieurs variétés de haricot sec sont plus hâtives que le soya, fait-il remarquer. Dans notre région, elles pourraient se récolter dans la première moitié de septembre.»
«Cela permettrait de semer une céréale d’automne durant la période optimale, poursuit-il. La Mauricie et certaines autres régions offrent de très bonnes conditions pour sa survie à l’hiver.»
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En théorie, un tel scénario permettrait de tirer profit de tous les degrés-jours disponibles et d’ainsi rentabiliser la saison au maximum. De plus, ce couvert végétal serait bénéfique pour la santé du sol et il limiterait l’érosion. «C’est de l’amélioration foncière par les plantes», lance-t-il.
L’agronome est conscient du fait que les haricots secs sont des légumineuses tout comme le soya. «On s’expose aux mêmes maladies comme la sclérotiniose, dit-il. L’idée n’est donc pas d’accroître les superficies de légumineuses, mais plutôt de substituer une partie des superficies en soya par du haricot sec. Surtout que dans la région, il y a des secteurs où l’on cultive beaucoup de soya parce que la saison n’est pas assez longue pour faire du maïs. Présentement, le prix du soya est exceptionnellement bon, mais s’il était trop bas, les producteurs auraient peu de solutions de remplacement. Substituer une partie du soya par des haricots secs leur permettrait de réduire les risques financiers.»
Le hic, c’est qu’on manque de connaissances sur le haricot sec. Quel rendement peut-on espérer dans une région comme la Mauricie? À quel prix pourrait-il se vendre? Quelles sont les meilleures variétés?
C’est pourquoi Bruce Gélinas met sur pied un projet d’essai qui devrait s’étendre sur au moins deux ans. Il veut recruter de cinq à huit producteurs localisés en Mauricie et intéressés à cultiver des haricots sur une superficie significative. «L’idée est que la superficie soit assez grande pour que le producteur soit en mesure de vendre sa récolte, explique-t-il. Cela permettra d’évaluer la rentabilité de la culture.»
Les participants devront utiliser à cette fin des champs en bonne condition, autrement dit bien drainés, nivelés et fertilisés. Ils devront aussi s’engager à semer une céréale d’automne après la récolte des haricots.
«Les participants pourront bénéficier d’un support financier dans le cadre du Prime Vert, volet 3.3, indique le conseiller. Ils recevront aussi un appui agronomique tout en profitant des avantages qui viennent avec le fait de travailler en réseau avec d’autres producteurs.»
«Au final, ajoute le conseiller, l’idée de ce projet est de se faire la main dans les meilleures conditions possibles et que l’expérience acquise permette ensuite de continuer de cultiver des haricots secs.»