Quand le premier gel meurtrier aura-t-il lieu cette année?

Eh oui, déjà la deuxième semaine d’août entamée et, comme plusieurs, je me demande ce que nous apportera l’automne côté conditions climatiques. Surtout avec l’année que nous avons eue jusqu’à maintenant.

Pour plusieurs, le casse-tête en ce moment est de savoir si on peut récolter une dernière coupe satisfaisante sans affecter les plantes fourragères et surtout la luzerne qui a besoin d’une période de repos avant le gel afin d’emmagasiner les réserves nécessaires à la survie. C’est encore plus vrai cette année, car les conditions climatiques ont été difficiles et les stocks de foin et de fourrage se font bas dans plusieurs coins de la province. Bien sûr plusieurs facteurs hors de notre contrôle entrent en jeu en ce qui a trait à la survie à l’hiver :

– l’étouffement par la glace ou l’eau;

– la décapitation de la luzerne par les gels et dégels;

– le froid car la luzerne survit normalement à des températures allant jusqu’à -17C.

Il est donc important de s’attarder à ce que nous pouvons contrôler, soit la régie de coupe automnale ainsi que l’apport de nutriments.

Depuis plusieurs années, il a été établi que pour que la luzerne ait les conditions idéales pour survivre à l’hiver, elle doit accumuler approximativement 500 degrés-jours avant la date moyenne du premier gel meurtrier. Ceci est valable tant sous régie intensive de 26 jours que sous régie conventionnelle de 45 jours. On parle ici d’un gel mortel pour les cellules végétales. Celui-ci se situe à environ -3  oC lorsque l’eau dans la cellule végétale des feuilles de luzerne gèle et brise sa membrane extérieure.

Veuillez consulter la carte provenant du site Agrométéo Québec qui répertorie la moyenne de la date du premier gel automnal par région pour estimer les chiffres qui s’appliqueront dans votre région.

Ainsi vous pourrez vous faire une idée de la date du premier gel à 0 oC afin de déduire combien de degrés-jours vous pourrez accumuler avant cette date fatidique où le degré atteindra -3 oC. (soit d’une à deux semaines après le gel à 0 oC).

Voici les cumuls médians pour les mois d’août et de septembre par région.

Veuillez noter que vous pourrez faire votre calcul selon votre région spécifique en regardant sur les cartes de cumuls de degrés-jours d’août et de septembre. Pour vous aider, prenez le chiffre de base pour le mois et divisez-le par 30 pour estimer combien de degrés-jours vous accumulerez par jour.

Par exemple, prenons une zone qui accumule 450-460 degrés-jours au mois d’août, comme dans les environs de Dolbeau, et que le premier gel automnal arrive comme selon la moyenne, entre le 28 août et le 4 septembre. En extrapolant, nous pouvons croire que le -3 oC serait atteint dans les deux semaines après ce premier gel moyen à 0 oC.

Ainsi, selon ces chiffres, la dernière coupe aurait dû être faite fin juillet/début août afin de permettre à la luzerne d’accumuler le maximum de réserve (soit 500 degrés-jours) advenant un gel meurtrier juste après la fête du Travail (semaine du 4 septembre).

Par la suite, le producteur pourra se demander s’il effectue une coupe d’automne ou pas. Étant donné que dans cette région les problèmes de couvert de neige l’hiver sont très rares, plusieurs producteurs pourraient être portés à faire une coupe début septembre. Si cette décision est prise, n’oubliez pas d’ajuster la hauteur de coupe à au moins 10 cm afin que la luzerne restante aide à l’accumulation de neige. Dans d’autres régions, le couvert végétal sera d’autant plus nécessaire pour aider à accumuler de la neige aux champs afin de protéger les racines et le collet de la luzerne face au gel.

En conclusion, la décision d’une coupe à l’automne s’avisera judicieuse si les stocks sont particulièrement bas sur la ferme et que la luzerne aura accumulé assez d’énergie, soit de 500 à 600 degrés-jour dans le système racinaire suite à la dernière coupe. Par contre, pour s’assurer que cette recommandation soit la bonne, il faut s’assurer qu’un gel arrive dans les quelques jours après cette coupe de septembre, car nous ne voulons pas que la luzerne reparte en croissance. Ceci affecterait la réserve d’énergie dans les racines et aurait ainsi une incidence directe sur la survie à l’hiver. Il ne faut pas oublier que la luzerne vit dans un cycle d’énergie qu’elle accumule seulement lorsque le couvert végétal est assez présent pour produire de l’énergie grâce à la photosynthèse. Sinon, la plante est en déficit énergique et pige dans ses réserves. En d’autres mots, on parle souvent de quelques semaines (une ou deux) après la coupe de déficit en énergie suivi par trois à quatre semaines de mise en réserve par la photosynthèse. Alors quelle sera votre décision?

Ressources pour vous aider dans vos décisions de dernières coupes 2017

http://www.agrometeo.org/weather/help

http://www.agrometeo.org/help/regie_de_coupe_automnale_basee_sur_les_degres-jours.pdf

http://www.omafra.gov.on.ca/french/crops/field/forages/fallcuttingalfalfa.htm

*Texte réalisé en collaboration avec le Conseil québécois des plantes fourragères. Les propos exprimés dans le texte relèvent toutefois de l’auteur et n’engagent pas le CQPF.

à propos de l'auteur

Commentaires